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RAFLE DU VEL D'HIV

Le crime

La Préfecture de police a planifié les arrestations dans le moindre détail, mais rien n’a été prévu pour l’accueil des 8 000 hommes, femmes et enfants qui s’entassent dans le Vel d’Hiv. Pendant plus d’une journée, les internés ne sont pas nourris ; ils se rassemblent sur les sièges dans l’angoisse et sans presque aucun soin. Les quelques toilettes sont rapidement hors de service, il n’y a pas d’eau. Le soir, des clameurs s’élèvent, des internés sont pris de folie. C’est l’enfer.

Alors que les Allemands ne réclament que des juifs en « âge de travailler » et ne prévoient la déportation des enfants qu’à la fin d’août 1942, les autorités françaises proposent de maintenir les enfants avec leurs parents au lieu de les confier, en attendant, à l’Assistance publique, ce qui leur aurait laissé un répit et des chances de survie non négligeables. Du reste, la plupart de ces enfants, naturalisés après leur naissance sur le sol de France, étaient français à titre définitif : les représentants du gouvernement et de la Préfecture de police de Paris auraient pu le faire valoir auprès des Allemands. Si ce choix criminel a en partie été dicté par la peur – devant les chiffres relativement décevants de la grande rafle à annoncer à l’occupant –, le déni, venant du plus haut sommet de l’État, du caractère criminel de la politique nazie à l’égard des juifs (que les autorités françaises ne pouvaient pas ne pas soupçonner, même si elles ignoraient l’existence des chambres à gaz et des fours crématoires) a joué son rôle.

Du 19 au 22 juillet 1942, les familles du Vel d’Hiv sont transférées vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, où un nouvel enfer les attend : la déportation brutale des parents suivie quelques semaines plus tard de celle des enfants.

De telles séparations, de tels convois composés majoritairement d’enfants livrés à eux-mêmes n’ont aucun équivalent en Europe. Cette conséquence odieuse de la rafle du Vel d’Hiv a profondément choqué l’opinion publique. La transgression morale est tellement flagrante que le gouvernement de Vichy renonce ensuite à déporter des enfants sans leurs parents. Cela ne l’empêche pas de continuer à livrer le maximum de juifs étrangers afin de remplir les objectifs initiaux fixés par l’occupant : à la fin de l’année 1942, près de 42 000 juifs ont été déportés vers Auschwitz-Birkenau, dont 36 000 à la suite des accords entre Bousquet et la police SS. Mais l’émotion de la population, aiguillonnée par les protestations publiques de plusieurs hauts représentants de l’Église catholique en zone libre (août-septembre 1942), contraint le gouvernement de Vichy à renoncer à livrer massivement les juifs naturalisés français comme il prévoyait également de le faire.

Au bout du compte, la « solution finale » a fait près de 80 000 victimes en France, la plupart déportées et assassinées à Auschwitz-Birkenau.

La rafle des 16 et 17 juillet 1942 a laissé une marque durable dans la mémoire nationale. En raison de son ampleur, d’abord : nulle part en Europe occidentale, même à Berlin, on n’a arrêté autant de juifs en si peu de temps. Pour ce qu’elle symbolise, surtout : les conséquences criminelles de la politique de collaboration et de l’antisémitisme xénophobe de Vichy. Durant ces deux journées terribles, aucun soldat allemand n’a participé à l’opération. Il n’y avait que des policiers français sur le terrain. Pourtant, malgré la volonté de Pierre Laval et de René Bousquet de mobiliser toute la puissance de l’État contre les juifs étrangers et leurs enfants, les obstacles dans l’administration et la société se sont avérés suffisamment nombreux pour que, en dépit des milliers d’arrestations, la majorité parvienne à éviter la déportation.

Telle est la réalité de la[...]

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Laurent JOLY. RAFLE DU VEL D'HIV [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

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