WHITEREAD RACHEL (1963- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L’artiste britannique Rachel Whiteread est surtout connue pour ses sculptures monumentales. Elle réalise des moulages d’objets du quotidien ou d’éléments architecturaux et présente ensuite soit le négatif soit le positif du moulage, révélant ainsi de multiples signes de vie.

Née le 20 avril 1963 à Londres, Rachel Whiteread grandit à Ilford, dans la grande banlieue de Londres, puis dans le comté d’Essex. Très tôt, elle décide de suivre les traces de sa mère, artiste. Elle étudie la peinture au Brighton Polytechnic de 1982 à 1985, puis la sculpture à la Slade School of Fine Art jusqu’en 1987. Lors de sa première exposition personnelle, en 1988, dans la galerie Carlisle à Islington, elle présente quatre sculptures : Closet, Mantle, Shallow Breath et Torso. Pour chacune d’entre elles, elle réalise un moulage en plâtre d’un espace intérieur, en s’inspirant des moulages des corps des victimes ensevelies à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve. Torso représente ainsi l’intérieur d’une bouillote, Mantle l’espace délimité par une coiffeuse et celui qui situé directement au-dessous de celle-ci, Shallow Breath l’espace situé sous un lit, et Closet l’intérieur d’une armoire. Comme d’autres artistes britanniques de sa génération appartenant au groupe des Young British Artists, tels Damien Hirst et Tracey Emin, Rachel Whiteread voit son travail dénigré par de nombreux critiques.

Toujours inspirée par la notion de mémoire et les relations que l’homme entretient avec les objets et l’espace, elle change d’échelle pour son projet Ghost (1990, National Gallery of Art, Washington), qui atteint les dimensions d’une pièce. Elle choisit en effet de mouler intégralement un salon victorien, fenêtre, cheminée et porte comprises. Une fois le moule de plâtre retiré et rassemblé, elle parvient non seulement à transformer ce qui fait l’essence même d’une pièce (il ne s’agit plus d’un lieu où l’on peut pénétrer), mais aussi à révéler ses caractéristiques particulières ‒ éraflures, rayures et autres traces d’activité humaine, lambeaux de papier peint ‒ et à donner une résonance émotionnelle à une géométrie abstraite.

L’œuvre la plus représentative de Rachel Whiteread demeure peut-être House (1993, Londres, détruite en 1994). Ce projet de longue haleine, pour lequel elle transpose sa technique de moulage sur une maison de trois étages sur le point d’être démolie, est récompensé par le prix Turner en 1993. En 1997, l’artiste représente le Royaume-Uni lors de la biennale de Venise. Le mémorial aux victimes de la Shoah, qu’elle érige en 2000 sur la Judenplatz de Vienne, explore une autre fois ce qu’elle appelle l’« espace momifié ». Elle propose Holocaust Memorial A.K.A (Nameless Library) ; ce bloc rectangulaire en béton représente une bibliothèque. Les ouvrages disposés en rangées sont montrés à l’envers, le dos de la reliure orienté vers l’intérieur. Le monument évoque la volonté de détruire un peuple, tout en témoignant de l’importance du livre dans l’histoire juive. Rachel Whiteread explore en outre les qualités de matériaux nouveaux, comme la résine (Water Tower, 1998 ; Monument, 2001). Pour Embankment (2005), elle réalise le moulage intérieur de boîtes et restitue l’impression positive de ces espaces négatifs avec du polyéthylène translucide.

À l’occasion des jeux Olympiques de Londres (2012), la commission des monuments historiques demande à Rachel Whiteread de décorer un pan de la façade de la Whitechapel Gallery, dans l’East End londonien, laissé sans ornementation depuis plus d’un siècle. Avec ce projet, intitulé Tree of Life, Rachel Whiteread s’éloigne de sa ligne esthétique habituelle : elle crée certes une rangée de quatre fenêtres moulées selon sa technique favorite, mais y ajoute une multitude de feuilles et de branchages dorés qui semblent se détacher des reliefs de l’arbre de vie qui agrémentaient déjà la façade.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Classification

Autres références

«  WHITEREAD RACHEL (1963- )  » est également traité dans :

SCULPTURE CONTEMPORAINE

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
  •  • 8 068 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Traces et empreintes »  : […] Polyfocus (1999) de Gilles Barbier propose ainsi un spectacle aussi drôle que terrifiant. L’œuvre rassemble des figures, moulées sur nature, qui sont toutes des représentations modifiées de l’artiste. Gilles Barbier exploite le moulage, procédé ancestral de la sculpture, tout en montrant à quel point la question du clonage, de la reproduction à l’identique de l’être humain, devient la source d’u […] Lire la suite

Pour citer l’article

« WHITEREAD RACHEL (1963- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rachel-whiteread/