PU SONGLING [P'OU SONG-LING] (1640-1715)

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Auteur de ce chef-d'œuvre inégalé de la littérature d'imagination chinoise qu'est le Liaozhai zhiyi (Contes extraordinaires du pavillon du loisir), Pu Songling semble être issu d'une branche exilée au Shandong et appauvrie d'un clan puissant et riche aux lointaines origines arabes et marchandes. Peut-être pratiquait-on encore la religion islamique dans son village natal ? Non qu'on en trouve la trace dans son œuvre, mais il aurait pu puiser dans cette condition de minoritaire la force de son originalité critique. Certes, l'amertume qui la traverse s'explique par sa situation de lettré frustré : des échecs répétés aux examens supérieurs l'ont amené à une carrière de secrétaire privé de mandarin, auprès d'amis plus fortunés. Mais est-ce si sûr ? Son père était resté dans le commerce, lui-même sut faire apprécier ses talents dans un cercle intime de lettrés, certains éminents. Ce qui semble l'avoir marqué profondément, ce sont les querelles des femmes d'une grande famille divisée : le thème de la mégère non apprivoisée revient dans ses contes avec une fréquence presque obsessionnelle. On le retrouve dans un long roman en langue vulgaire, le Xingshi yinyuan zhuan, en cent chapitres, ce qui, en conjonction avec maints autres indices, le lui a fait attribuer, bien que la plus ancienne édition connue soit de 1870. Les contes du Liaozhai ont longtemps circulé en manuscrits, certains autographes, attestant divers états de l'œuvre qui comprend une dizaine de pièces de plus que les 431 de la meilleure édition courante. Jusqu'en 1707, au moins, Pu Songling n'a cessé d'ajouter au recueil achevé en 1679 et commencé une dizaine d'années plus tôt, peut-être au moment où il renonçait à la carrière mandarinale. Voulait-il démontrer l'injustice qui lui était faite par cette éblouissante virtuosité dans le maniement de la prose classique à des fins aussi futiles que le conte fantastique ? Le monde surnaturel, dont il assume le titre de chroniqueur, y apparaît bien plus humain que celui des hommes. Le secret de cette réussite exceptionnelle, c'est sans doute d'avoir su allier le réalisme narratif de la nouvelle classique des Tang à la concision de l'anecdote des Six Dynasties. Pourtant l'illustre recueil ne sera imprimé et diffusé qu'en 1766, un demi-siècle après la mort de Pu Songling. Il exercera alors une influence d'autant plus grande que le conte en langue vulgaire ne s'écrit pratiquement plus. D'innombrables collections seront livrées au plaisir du lecteur lettré. Mais la popularité du recueil de Pu Songling se traduira par maintes adaptations destinées à un public plus vaste, éditions annotées, versions en vulgaire, dramatisations, sans compter, plus récemment, le cinéma.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-VII, responsable de la section d'études chinoises à l'université de Bordeaux-III

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Pour citer l’article

André LEVY, « PU SONGLING [P'OU SONG-LING] (1640-1715) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pu-songling-p-ou-song-ling/