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MERCURE PIERRE (1927-1966)

Malgré une vie écourtée, le Québécois Pierre Mercure a fait œuvre de pionnier, tant par son talent de compositeur que par l'énergie qu'il a déployée pour faire connaître l'avant-garde musicale dans son pays. S'évertuant à s'affranchir des procédés de composition conventionnels, il a élaboré des formes originales et créé un nouvel univers sonore en explorant notamment les potentialités de la musique électronique ou celles de la musique concrète.

Né le 21 février 1927 à Montréal, Pierre Mercure est mort à trente-huit ans dans un accident de voiture près d'Avallon, en France, le 22 janvier 1966. Il étudie le piano puis le violoncelle, la trompette, la flûte, l'orgue et le basson ; il est très tôt attiré par la musique de Schönberg et de Stravinski. À l'âge de dix-sept ans, il s'inscrit au Conservatoire national de Montréal, où il travaille le piano avec Arthur Letondal et adopte le basson comme instrument principal. En 1946, il entre comme bassoniste à la Société des concerts symphoniques de Montréal (futur Orchestre symphonique de Montréal). Parallèlement, il poursuit ses études au conservatoire : il est l'élève de Marvin Duchow pour l'harmonie et le contrepoint, de Jean-Marie Beaudet pour l'orchestration. En 1947, il fait la connaissance de Claude Champagne, qui va lui enseigner la composition.

En 1948, Pierre Mercure participe aux discussions sur l'automatisme dans la mouvance du manifeste Refus global publié cette même année par des artistes et des intellectuels québécois engagés. Au niveau politique et social, Refus global puise des idées dans la démarche des surréalistes ; d'inspiration freudienne, il appelle à libérer l'homme de ses pulsions inconscientes, refoulées en tentant d'endiguer les conflits qui agitent toute personne socialisée. Sur le plan artistique, le mouvement canadien diverge du mouvement surréaliste : il n'a en effet pas pour finalité une désarticulation du réel pour parvenir à une vision insolite et imagée du monde. L'automatisme préconise un concept de création très différent : structuré, celui-ci doit aboutir à une représentation non figurative du monde ; il affirme la prédominance du geste instinctif sur la raison, qui ne doit pas intervenir pour contrôler les pulsions. Sur le plan concret, il aboutit à l'écriture automatique, avec l'invention de mots nouveaux et de nouvelles structures grammaticales. Mercure cherche les correspondances musicales de cette pensée : « J'aimais entendre ces gens discuter. J'essayais de trouver en musique ce que ces individus avaient trouvé en peinture ou en littérature. » Cependant, même à cette époque où le compositeur est en contact permanent avec les automatistes, il n'est pas signataire de Refus global, qui lui demandait de s'impliquer complètement et de manière non équivoque. C'est à cette époque qu'il compose Kaléidoscope (1948, révisé en 1949), une « fantaisie symphonique » dont le succès ne s'est jamais démenti au Canada. En 1949, il achève Pantomime, pour orchestre, œuvre dans laquelle il développe un style personnel à travers l'étude de nouvelles sonorités. On aurait pu penser que l'influence des automatistes l'aurait porté vers un atonalisme libre, mais il n'en a rien été. Initié aux beautés de la musique française par Claude Champagne, il compose dans les années 1950 des œuvres marquées par les formes traditionnelles et un langage harmonique toujours tonal : Dissidence, pour soprano et piano (1955) ; Cantate pour une joie, pour soprano, chœur et orchestre (1955) ; Divertissement, pour quatuor à cordes et orchestre à cordes (1957) ; Triptyque, pour orchestre (1959).

Parallèlement à son travail de compositeur, Pierre Mercure, devenu boursier du gouvernement du Québec en 1949, séjourne[...]

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Écrit par

  • : musicologue, analyste, chef de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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