TEITGEN PIERRE-HENRI (1908-1997)

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Pierre-Henri Teitgen restera pour l'histoire l'un des organisateurs de l'épuration à la Libération et l'un des piliers de la « troisième force », sous la IVe République ; il fut trois fois vice-président du Conseil, en 1947, 1948 et de juin 1953 à juin 1954, ainsi que le fort antigaulliste président du Mouvement républicain populaire de 1952 à 1956.

Né à Rennes le 29 mai 1908, fils d'un avocat qui fut aussi vice-président de l'Assemblée nationale, Pierre-Henri Teitgen, agrégé de droit public, fut chassé de sa chaire de Montpellier par le gouvernement de Vichy. Sous le pseudonyme de Tristan, il fut l'un des quatre piliers du Comité général d'études, le Conseil d'État clandestin de la Résistance. Rédacteur du « cahier bleu » pour l'organisation de la presse libérée, il mit en œuvre ses dispositions quand il fut ministre de l'Information, de septembre 1944 à mai 1945. Chargé de l'application des ordonnances des 26 août et 30 septembre 1944, qui servirent de statut à la presse française durant quarante ans, il organisa le séquestre de 618 des 912 journaux publiés sous l'Occupation. Signataire de l'autorisation de paraître du Monde, il voulait une presse d'information indépendante de l'argent et des pressions politiques, « la liberté et la justice ensemble ». Cofondateur de Ouest-France, il contribua à y maintenir cet esprit et présida jusqu'à sa mort – à Paris, le 6 avril 1997 – l'Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste, propriétaire du plus grand quotidien régional mais sans en recevoir de dividendes.

S'il devait dire qu'il fut « un ministre très malheureux » aux Forces armées (1947-1948) comme à la France d'outre-mer (1955-1956) et même comme ministre d'État chargé de l'Information (1949-1950), ce député d'Ille-et-Vilaine (1945-1958) défendit ardemment l'Europe en tant que délégué à l'Assemblée parlementaire européenne, vice-président de l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe puis juge à la Cour européenne des droits de l'homme à la suite de René Cassin. Professeur à la faculté de droit de Paris (à partir de 1961), il y dirigea le centre universitaire d'études des Communautés européennes.

Membre du comité consultatif constitutionnel en 1958, Pierre-Henri Teitgen vit dans la Ve République « un absolutisme, éclairé et généreux sans doute, mais plein de péril pour l'avenir ». Toutefois, ce compagnon de la Libération avait été un élément essentiel des gouvernements provisoires. Garde des Sceaux de juin 1945 à décembre 1946, il dirigea l'action publique des procureurs des cours de justice et eut à définir, pour les procès de presse et grâce à l'ordonnance du 5 mai 1945, la responsabilité morale des sociétés éditrices de journaux. En faisant mettre à leur charge, comme preuves de culpabilité, des articles non retenus contre les journalistes qui les avaient signés, il put entériner 533 des séquestres de 1944, cherchant à ce que leurs titres disparaissent dans « la fosse de nos déshonneurs nationaux ».

Le 6 août 1946, Pierre-Henri Teitgen, qu'on avait à la fois traité de Robespierre et de saboteur de l'épuration, dressa le bilan de celle-ci devant l'Assemblée constituante : 125 243 informations ouvertes ; 40 787 peines de dégradation nationale infligées par les chambres civiques ; 43 950 décisions en cours de justice, dont 4 783 peines de mort et 6 781 acquittements. Bien qu'un tiers seulement des condamnations à mort aient été exécutées – les autres furent commuées –, elles s'ajoutaient à une dizaine de milliers d'exécutions sommaires intervenues en général dans les mois précédant ou suivant la Libération. En revanche, les peines d'emprisonnement furent partout, en Europe occidentale, plus nombreuses qu'en France.

Ce sont les épurations administratives, économiques et professionnelles qui furent les moins réussies parce que la légalité de l'État français et le jeu des amnisties se combinèrent avec la volonté de rassembler les Français et de ne reconnaître comme collaborateurs qu'une « poignée de misérables ». Au surplus, pour Teitgen, il fallait distinguer « l'épuration des coupables qui intéresse le Code pénal et les réformes de structure intéressant l'œuvre du législateur ». Il réfuta vigoureusement la possibilité de changer la société par des éliminations judiciaires, « abominable détournement de pouvoirs ».

Polémiste qui n'avait pas craint de dénoncer en Paul Reynaud un être « chimiquement pur de tout sentiment de compassion humaine », Pierre-Henri Teitgen, fondateur avant-guerre de la revue Droit social, est resté nostalgique de la pureté et de la volonté de rénovation de la Résistance. Il voulait aussi qu'on différencie toujours compromis et compromission parce qu'il avait constaté qu'« à force de ne pas vivre comme on pense, on finit par penser comme on vit ».

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Écrit par :

  • : docteur en études politiques et en histoire, historien associé à la Délégation aux commémorations nationales du ministère de la Culture et de la Communication

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Charles-Louis FOULON, « TEITGEN PIERRE-HENRI - (1908-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-henri-teitgen/