DRUCKER PETER FERDINAND (1909-2005)

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Né à Vienne en 1909, Peter Ferdinand Drucker obtient un doctorat en droit international à l'université de Francfort, à l'issue duquel il entame une carrière de journaliste. L'avènement du régime nazi en 1933 y met fin précocement, mais, de cette première expérience professionnelle, Peter Drucker héritera un certain talent d'écriture. Économiste à la London Banking House à Londres de 1933 à 1936, il rejoint les États-Unis en 1937, où il devient consultant pour de grandes compagnies américaines, telles que General Motors ou Sears. Pendant plus de trente ans, il exercera simultanément son activité de conseil et ses fonctions de professeur à la New York University's Graduate Business School, à partir de 1950, puis à la Claremont Graduate University (Californie), à partir de 1971.

L'entreprise est, d'après lui, au cœur de la société contemporaine et son intérêt se porte systématiquement sur l'adaptation de l'entreprise à son environnement. Son efficacité dépend de la capacité de ses dirigeants à l'organiser, en tenant compte de l'environnement et de ses changements. Le client et les technologies sont les principaux éléments en fonction desquels l'entreprise doit orienter son action. Comme beaucoup d'auteurs occidentaux, Drucker va trouver dans la réussite économique nippone une alternative au one best way américain. Son ouvrage de 1997, en forme de dialogue avec l'entrepreneur japonais Isao Nakauchi, traite de l'impact du développement asiatique, tant sur les méthodes de management que sur la création d'un nouvel espace commercial. En citant le Japon en exemple, Drucker déclare que le but d'une entreprise n'est pas de créer du profit mais plutôt une clientèle. Cette hypothèse l'amène à privilégier les fonctions de marketing et de recherche et développement. « Ouvrez vos entreprises ! », exhorte-t-il dans son ouvrage de 2001 pour inciter les dirigeants à faire en sorte que tous les employés soient ce qu'il appelle des capteurs d'environnement.

Dans Post-Capitalist Society en 1993, il mentionne que l'une des évolutions les plus importantes de l'économie en cette fin de siècle réside dans la connaissance en tant que ressource à gérer. La gestion de la connaissance est d'autant plus importante que la plupart des acteurs qui participent à la production transforment non plus des matières mais des informations. La mutation que Drucker note dans Managing in a Time of Great Change en 1995 est celle de la société de l'information : l'information est désormais l'élément structurant de l'entreprise ; il parlera dès lors d'« organisation fondée sur l'information ».

Le changement est au cœur des travaux de Drucker. Les changements socio-économiques de l'environnement appellent nécessairement de nouvelles pratiques de gestion. Le raisonnement est simple : « cela ne marche plus du fait de telle évolution, donc faisons autrement ». Il justifie cette obligation de changement par l'incertitude politique, économique et sociale, qui remet en cause les fondements de la planification et des modes de management issus du taylorisme. La planification stratégique est, de son point de vue, l'instrument du changement. Ce sont les contraintes de l'environnement qui doivent commander la définition et la mise en œuvre des stratégies en relation. Le manager joue dans ce schéma un rôle clé en tant que traducteur opérationnel des stratégies. Dans son ouvrage de 1954, The Practice of Management, il développe une conception participative du manager. Ce dernier est présenté non comme un contrôleur détenteur d'une autorité hiérarchique mais comme un expert organisant le travail en fonction des objectifs stratégiques qui lui sont confiés. Son ouvrage de 1967, The Effective Executive, développe sa conception du management : la direction par objectifs. Ce mode de management consiste à définir des objectifs chiffrés, en termes de résultats qualitatifs et quantitatifs à atteindre et de ressources à allouer au mieux, objectifs dont l'atteinte apporte à son auteur une reconnaissance tant financière que sociale. Le management par objectifs est, selon Peter Drucker, un moyen de concilier les objectifs personnels des individus (d'ordre psychologique, social, financier et de pouvoir) avec ceux de l'entreprise.

En pensant le « système entreprise » comme une dynamique, Peter Drucker demeurera un précurseur du changement organisationnel. Tous les efforts de l'entreprise doivent être canalisés pour capter les variations de l'environnement et mettre en œuvre de nouvelles stratégies. Les outils de contrôle ne sont là que pour guider l'action opérationnelle et ne sauraient en aucun cas la contraindre. En mettant en avant la « mise en mouvement » de l'organisation, bien plus que sa « mise sous tension » par des outils de contrôle, il s'opposait aux excès bureaucratiques et privilégiait la notion de projet. Projet pour s'adapter et impulser le changement, dont Peter Drucker se sera évertué à montrer qu'il n'est pas un mouvement de déstabilisation de l'organisation mais le régime naturel de sa reconstruction permanente, à la condition que le management sache fournir le cadre permettant l'adhésion des salariés.

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David AUTISSIER, « DRUCKER PETER FERDINAND - (1909-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-ferdinand-drucker/