VIRILIO PAUL (1932-2018)

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Paul Virilio est né à Paris le 4 janvier 1932. Une formation de maître-verrier le conduit à travailler aux côtés du peintre Serge Rezvani au couvent de la Clarté-Dieu à Orsay et de Léon Zack à Notre-Dame-des-Pauvres, à Issy-les-Moulineaux (1954-1956). Il s’initie également à la philosophie et à l’urbanisme avant de mener, entre 1958 et 1965, une vaste enquête historique et archéologique sur les 1 500 ouvrages qui forment le Mur de l’Atlantique. Profondément marqué par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, qu’il a vécus en 1943 pendant son enfance à Nantes, il est fasciné par les architectures « cryptiques » et par ces parfaits monolithes de béton armé auxquels il consacre, en 1975, une exposition au musée des Arts décoratifs ainsi qu’un livre, Bunker Archéologie. Homme de foi, Paul Virilio n’en élabore pas moins une pensée de la désintégration et de la désorientation, attentive à la catastrophe qui menace en permanence le monde. À mille lieues de l’optimisme technologique et « pop » qui anime alors la scène britannique, ce « maître ès lecture du réel », comme le dira l’architecte Claude Parent, pose un regard critique, mais jamais dénonciateur sur les grands phénomènes contemporains que sont la vitesse, le virtuel ou l’immatérialité.

En 1963, Virilio et Parent fondent le groupe puis la revue Architecture Principe, qui défend un renouvellement immédiat des concepts qui fondent l’architecture ; parmi ceux-ci, le rapport au sol et la géométrie euclidienne, qui doivent être remplacés par une « fonction oblique », davantage en phase avec la géomorphologie et un certain continuum de l’espace-temps. « Ainsi, écrira plus tard Paul Virilio, après le premier ordre urbain horizontal du peuplement des villages et des villes, puis le deuxième ordre urbain vertical des métropoles de la modernité, le groupe Architecture Principe annonçait l’avènement d’un troisième ordre urbain oblique. » Les références convergentes de Virilio et Parent se concrétisent avec plusieurs projets et surtout deux réalisations communes, emblématiques du brutalisme en architecture : l’église Sainte-Bernadette du Banlay à Nevers (1963-1966) et l’usine-centre de recherche Thomson-Houston à Vélizy-Villacoublay (1964-1971). Entièrement réalisés en béton brut de décoffrage, ces bâtiments se présentent comme des habitacles qui expriment une nette rupture avec la transparence, la légèreté et un optimisme encore dominants dans l’architecture moderne.

La collaboration avec Claude Parent prend fin avec Mai-68, mais Paul Virilio gardera toujours un lien avec l’architecture et la ville, qu’il observe désormais en essayiste et enseignant influent. À l’École spéciale d’architecture, il sera tour à tour professeur, directeur puis président du conseil d’administration ; l’atelier qu’il y proposait fut, selon l’architecte Hala Wardé, « un lieu d’éveil des consciences et de révélations ». Grand Prix national de la critique architecturale en 1987, Virilio prend part à l’activité de plusieurs revues généralistes, notamment Esprit, dont il est membre du comité de direction de 1969 à 1977, ainsi que Causes communes et Traverses, revue pluridisciplinaire éditée, au sein du Centre Pompidou, par le Centre de création industrielle. Aux éditions Galilée, dont il dirige la collection « L’espace critique » à partir de 1974, il publie de nombreux auteurs, ainsi Georges Perec (Espèces d’espaces), Jean Baudrillard, dont il est très proche, de même que Félix Guattari, Ignacio Ramonet et Marc Augé. Paul Virilio publie lui-même de nombreux ouvrages parmi lesquels L'Insécurité du territoire (1976), Vitesse et politique (1977), L'Espace critique (1984), La Machine de vision (1988), Esthétique de la disparition (1989), L’Art du moteur (1993), La Vitesse de libération (1995), Stratégie de la déception (1999), Ce qui arrive (2002) ou Ville panique (2003).

L’ouvrage Ce qui arrive a par ailleurs donné lieu à une exposition, dont Paul Virilio a été le commissaire à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, en 2002 ; y étaient exposés des travaux traitant principalement de l’accident, un phénomène de plus en plus massivement issu de la vitesse. En 2008, c’est avec le photographe et cinéaste Raymond Depardon qu’il conçoit [...]

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  • François BAYLE
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Dans le chapitre « Matériau et image »  : […] « Le matériau de la musique concrète est le son à l'état natif, tel que le fournit la nature, le fixent les machines, le transforment leurs manipulations. » Ces lignes, dues à Serge Moreux, constituaient la préface inaugurale du Premier Concert de Bruits, en mars 1950. D'emblée et d'instinct, tout y était dit, pressenti, des trois stades caractéristiques : celui du matériau-son « à l'état natif », […] Lire la suite

Pour citer l’article

Simon TEXIER, « VIRILIO PAUL - (1932-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-virilio/