SMITH PATTI (1946- )

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Devenue une icône rock dès 1975 avec la sortie de son premier album Horses, la chanteuse américaine Patti Smith s'est imposée sur la scène musicale grâce à son style poétique et enragé, annonçant la naissance du punk dont elle deviendra l'égérie.

Patti Smith

Photographie : Patti Smith

La chanteuse Patti Smith sur scène en 1976, quelques mois après la sortie de son album Horses

Crédits : Owen Franken/ Corbis Historical/ Getty Images

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Fille d'un ouvrier et d'une serveuse, Patricia Lee Smith naît le 30 décembre 1946 à Chicago. Aînée de quatre enfants, elle s’ennuie à l’école. Son horizon social est celui d'une prolétaire vouée aux tâches subalternes dans « l'usine à pisse » qu'elle évoque dans Piss Factory, chanson enregistrée en 1974 qui figure sur la face B de son premier 45-tours. Mais c'est sans compter sur l'éducation artistique, musicale et religieuse que lui donnent ses parents, qui la poussent aussi bien vers la découverte des grandes œuvres picturales du xxe siècle que vers le gospel et la foi en Dieu qu'elle n'abandonnera jamais.

Adolescente, elle se porte avec une intuition très sûre au-devant des musiques innovantes des années 1960 : le folk rock de Bob Dylan et le blues rock des Rolling Stones. Elle découvre aussi le jazz de John Coltrane, Thelonious Monk ou Miles Davis et les voix d'Édith Piaf, Nina Simone, Maria Callas ou encore Billie Holiday. Elle se passionne pour des écrivains français comme Albert Camus ou Jean Genet, des poètes beat dont elle devient l’amie comme William Burroughs et plus encore Allen Ginsberg. Ces artistes viennent nourrir l’imaginaire de la jeune fille fait d’amour, d'insoumission, d'indignation devant la misère du monde et les forfaitures de l'impérialisme, et bien sûr de connaissance par les gouffres. Les poèmes qu'elle ne cessera d'écrire tout au long de sa vie témoignent avec force de ces élans multiples. Dans le même mouvement, elle voue un culte mystique et érotique aux grands maudits de la poésie et de la musique européenne et anglo-saxonne, comme William Blake, Brian Jones et Arthur Rimbaud, qui toujours resta pour elle une véritable icône.

À partir de 1967, elle vit à New York et fait plusieurs séjours à Paris. Elle multiplie les activités artistiques, fait du dessin, du théâtre et du spectacle de rue, écrit dans des magazines, est vendeuse en librairie ou encore mannequin. Elle partage la vie du photographe Robert Mapplethorpe pendant quelques années et fréquente les hauts lieux de la scène artistique new-yorkaise, comme le Chelsea Hotel, le club CBGB ou encore la Factory d'Andy Warhol. Elle écrit à cette époque ses premiers poèmes (Seventh Heaven, 1972) qu'elle récite en public, accompagnée à partir du début des années 1970 par le guitariste Lenny Kaye. Bien plus tard, elle reviendra sur cette période de sa vie dans un livre autobiographique Just Kids (2010), où elle évoque avec passion et reconnaissance les artistes qui l'ont nourrie.

Voilà donc une femme presque trentenaire, aguerrie dans le monde de la bohème artiste, qui enregistre un premier 45-tours, avec une version extrêmement originale du Hey Joe de Jimi Hendrix. Son album Horses (1975), où l'on perçoit l'écho du Velvet Underground ou de Jim Morrison, est immédiatement remarqué pour sa puissance musicale, la mélancolie d'une voix juste et chaude au sein d'un univers qui deviendra l'ordinaire du punk américain. On y trouve des chefs-d'œuvre, comme « Break it up » (cosigné avec son ami Tom Verlaine, du groupe Television) ou « Gloria » (d'après la chanson de Van Morrison), qui fixent le style de Patti Smith dans la modulation des mélodies et la profération de textes parlés à la fois violents et poétiques. Cette ambivalence, entre frénésie et douceur, se retrouve sur la pochette de l'album – cliché en noir et blanc de Mapplethorpe d'une Patti Smith à l'allure androgyne – qui devient le symbole d'une nouvelle féminité dans le rock.

Coup sur coup paraissent trois albums qui compteront parmi les plus beaux de cette artiste hors normes, même si John Cale n'en est plus l'arrangeur sonore. Dans Radio Ethiopia (1976) plane la présence de Rimbaud (« Abyssinia ») et vibre la voix rageuse de la chanteuse (« Pumping (My Heart) »). Easter (1978) précise les contours d'un engagement politique enfiévré (Till victory et le très vengeur « Rock n'roll nigger »). L'album contient aussi « Because the night », une mélodie cosignée avec Bruce Springsteen et écrite par la chanteuse pour son amant et futur mari Fred « Sonic » Smith, ex-membre des MC5. Dans une tonalité pop, l'album Wave (1979) sonne comme un adieu à la scène musicale. L'absence durera près de dix ans : à trente-trois ans, la chanteuse aspire désormais, dit-elle, aux bonheurs d'être pleinement une femme (« Dancing Barefoot »). Sur tous ces albums, la voix est magnifiée par le jeu subtil et puissant des musiciens du Patti Smith Group qui l'accompagne depuis le début : Lenny Kaye aux guitares, Richard Sohl au piano, Ivan Kral à la basse, Jay Dee Daugherty à la batterie.

Sa carrière reprend maladroitement une première fois en 1988 avec Dream of Life. En 1994, après le décès brutal de son mari, elle quitte la banlieue de Detroit pour rejoindre New York avec ses deux enfants et renoue avec le monde de la musique. L'année suivante, Bob Dylan la convainc de remonter sur scène et lui offre la première partie de sa tournée. Un livre de photos, Two Times Intro : On the Road with Patti Smith réalisé par Michael Stipe (du groupe REM) avec un commentaire de Patti Smith elle-même, fixe les images de cette aventure. Tout en déclinant les styles familiers de la chanteuse, les albums suivants prennent un tour plus politique, contre l’impérialisme de George W. Bush notamment. Hymnes à la paix et à la liberté, martèlements punk rock, art du crescendo émotionnel (Banga, 2012), tendres ballades apaisées se succèdent dans Gone Again (1996), Peace and Noise (1997), Gung Ho (2000), Trampin (2004), The Coral Sea (2008) et son long récitatif poétique et musical en hommage à Robert Mapplethorpe. Twelve (2007) reprend douze morceaux célèbres des stars pop-rock des années 1960 et 1970. En 2008, à Paris, la Fondation Cartier pour l'art contemporain présente un ensemble de ses dessins et photographies. Patti Smith multiplie les performances originales. En 2016, à l’occasion de l’ouverture au public de la prison de Reading où avait été enfermé Oscar Wilde, elle lit son De profundis. La même année, elle enregistre avec sa fille Jesse Paris Smith le morceau de Nico « Fearfully in danger ».

Le refus dandy et bohème des clichés féminins, dans le port de vêtements masculins par exemple, pose la question de savoir si le rock peut être affaire de femmes. Comme Janis Joplin, Nina Hagen ou P. J. Harvey, Patti Smith fait la preuve que le rock ne relève ni du masculin ni du féminin : il traduit la rage de vivre, la démesure maîtrisée, le désespoir sauvé par la dépense dans [...]

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Michel P. SCHMITT, « SMITH PATTI (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patti-smith/