LAGERKVIST PÄR (1891-1974)

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À une époque où se pose avec acuité la question des rapports entre sacré et religion, l'œuvre ambiguë du Suédois Pär Lagerkvist Prix Nobel, prend un relief particulier. Les thèmes fondamentaux qu'il a traités, dans tous les genres, en images puissamment symboliques, demeurent d'une brûlante actualité. Il reste l'un des témoins les plus représentatifs de la quête angoissée qu'aura menée notre temps d'errances et de solitude.

Une symbolique de l'humain

Lagerkvist est né à Växsjö, en Småland, dans le sud de la Suède. Son milieu familial, qu'il a évoqué dans L'Invité du réel (Gäst hos verkligheten, 1925), était d'un piétisme rigoureux qui marquera toute l'œuvre du futur écrivain. Il aura fait très tôt l'expérience du mal, de l'étrange, que s'efforcera d'exorciser toute son œuvre. Après de bonnes études secondaires, puis supérieures (histoire de l'art) à Uppsala, il décide de vivre de sa plume, fait de la critique littéraire et confie ses premiers essais à de petites revues. La première nouvelle qu'il publie, Människor (Êtres humains, 1912) met en scène un personnage au nom parlant, Mörk (Sombre), qui représente le mal, l'obscurité. Puis Lagerkvist se rend en 1913 à Paris, où il découvre avec ravissement le modernisme et, notamment, le cubisme. Cela nous vaudra un écrit-programme capital, Ordkonst och bildkonst (Art verbal et art figuratif, 1913), où se lit ce qui demeurera sans doute la réponse la plus profonde qu'il apportera à l'énigme de sa vie : l'art seul peut nous sauver en nous offrant le moyen de sublimer une existence incompréhensible. Revenu au Danemark, il pose, dans les nouvelles de Järn och människor (Fer et hommes, 1915), le principe dualiste, exprimé par ce titre, qui régira toute sa production. La conjoncture tragique aidant, son premier grand recueil de poèmes, Angoisse (Ångest, 1916), marque son passage dans ce qui sera sa première voie : un expressionnisme qu'annonçaient déjà les poèmes de Motiv (Motif, 1914) et qui tend à traduire directement, jusqu'aux limites du cri, un refus épouvanté de la condition humaine.

Ses premiers essais dramatiques : Le Dernier Homme (Sista mänskan, 1917) et Teater (Théâtre, 1918), poursuivent dans le même sens, en refusant le naturalisme pour chercher des symboles vivants, immédiatement intelligibles : la formule, polie et affinée sans cesse, demeurera la marque de son écriture. Avec Chaos (1919), qui rassemble un drame, un récit et des poèmes intitulés En guise de foi (I stället för tro), il obtient son premier grand succès tandis que se profile ce qui va devenir l'objet à peu près unique de ses préoccupations : la découverte d'un sacré acceptable pour notre temps.

Pour l'instant, son maître mot, équivoque comme le seront tous ses grands leitmotive, est « la vie ». C'est ce que dit Lagerkvist dans un des essais ambigus dont il a le secret, L'Éternel Sourire (Det eviga leendet, 1920) : « Je crois en la vie pour le bien et pour le mal, je la remercie de tout. » Dieu y paraît sous la figure d'un petit vieux qui répond aux morts, venus lui demander des comptes, qu'il n'a jamais « considéré la vie comme quelque chose de remarquable ». « La vie », « l'esprit », « l'être humain » seront les points de ralliement d'un drame strindbergien comme Den osynlige (L'Invisible, 1923), alors que son premier grand chef-d'œuvre, Contes cruels (Onda sagor, 1924), qui contient le récit demi-autobiographique « Père et moi », met l'accent sur la méchanceté, la souffrance et le désespoir à l'aide d'images troubles servies par une langue à la fois précise et elliptique.

Un divorce suivi d'un remariage (1925) incitent Lagerkvist à faire un premier bilan avec Gäst hos verkligheten (1925, titre de la traduction française : L'Exil de la terre) où, sous les traits d'Anders, il nous tend quelques clefs pour la compréhension de son inspiration. Le lecteur, bien entendu, restera sur sa faim : tout ce qu'il découvrira, comme le dira un des poèmes de Lagerkvist, c'est que nous ne vivons pas : c'est la vie qui est, un instant, en visite en nous. C'est pourquoi on le voit faire, non sans quelque naïveté, d'émouvants efforts pour se réconcilier avec notre condition (dans les poèmes de Hjärtats sånger, Chants du cœur, 1926) ou, au contraire, pour l'expurger de toutes les scories qui défigurent notre idéal de justice et d'amour (Det besegrade livet : La Vie vaincue, 1927). le point culminant est peut-être atteint avec le drame inspiré du Peer Gynt d'Ibsen ; Celui qui eut la perm [...]

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  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Régis BOYER, « LAGERKVIST PÄR - (1891-1974) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/par-lagerkvist/