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OPÉRA DE MONTE-CARLO

L'inauguration de la salle construite par Charles Garnier, le 25 janvier 1879, peut être considérée comme le point de départ d'une véritable activité lyrique dans la principauté de Monaco. Mais il faudra encore attendre la nomination de Raoul Gunsbourg, en 1893, pour que l'Opéra de Monte-Carlo commence à rivaliser avec les plus grandes scènes internationales. On n'oubliera pas que la construction de cette salle moderne, souhaitée par le prince Charles III, est le fruit de la triple conjonction entre le développement du Casino, la qualité croissante de l'orchestre monégasque et l'exiguïté du plateau sur lequel on ne pouvait présenter que des ouvrages légers.

Les premières saisons, dirigées par Jules Cohen, furent marquées par la présence de Célestine Galli-Marié et d'Ismaël en 1879, de Caroline Miolan-Carvalho en 1880, de Jean-Baptiste Faure et d'Adelina Patti en 1881, d'Emma Albani et de Victor Maurel en 1882, dans des œuvres d'Ambroise Thomas, de Gounod, de Bizet, de Donizetti et de Verdi. De quatre titres en 1879 on passa à plus de douze en 1883. L'année 1889, date de la montée sur le trône d'Albert Ier, verra la nomination d'un chef d'orchestre d'envergure, Léon Jehin, qui restera au pupitre jusqu'en 1927. Lohengrin de Wagner, Manon de Massenet, Samson et Dalila de Saint-Saëns, en 1892, annoncent une ouverture de la programmation vers des compositeurs absents jusque-là. Ainsi le terrain était-il déjà préparé quand, sur la recommandation du tsar Alexandre III, Raoul Gunsbourg accéda au fauteuil directorial, qu'il occupera souverainement jusqu'en 1951.

Sa première saison, en 1893, est marquée par une adaptation scénique de La Damnation de Faust de Berlioz, qui sera reprise pendant soixante-huit ans, et par la première, en langue française, de Tristan et Isolde de Wagner. Les créations de Hulda (1894) et de Ghiselle (1896), opéras posthumes de César Franck, encadrant une nouvelle création d'Armide de Gluck, donnent le ton de la politique du nouveau directeur : jusqu'en 1914, on ne comptera pas moins de cinquante créations, dont plusieurs opéras de Gunsbourg lui-même, orchestrés par Léon Jehin.

En 1897, un certain Caruson chanta le rôle d'Alfredo Germont dans La Traviata. En 1902, il reviendra en ténor sous son véritable nom, Caruso, dans La Bohème. Cette même année verra, avec Le Jongleur de Notre-Dame, le début d'une collaboration privilégiée entre Massenet et la scène monégasque, où seront créés Chérubin (1905), Thérèse (1907), Don Quichotte (1910), Roma (1912), Cléopâtre (1914) et Amadis (1922), et où seront repris ses principaux ouvrages, notamment Le Roi de Lahore, dont Mata Hari fut l'attraction principale en 1906. Saint-Saëns, l'éternel rival, ne sera pas oublié puisqu'on y jouera Hélène (1904), L'Ancêtre (1906), Déjanire (1911), et que la Pénélope de son ami Fauré y verra le jour dans la foulée, en 1913. La Tétralogie sera l'événement de la saison de 1909, et une représentation privée de Parsifal en 1913 contournera l'exclusivité de Bayreuth.

La présence de Fiodor Chaliapine, venu chanter Faust de Gounod et Mefistofele de Boito en 1905, va orienter les saisons suivantes vers les ouvrages faisant valoir ses qualités. Outre ces deux titres, on citera La Bohème, Le Barbier de Séville, Les Contes d'Hoffmann, mais aussi Roussalka d'Alexandre Dargomijski, Le Démon d'Anton Rubinstein et des opéras écrits à son intention comme Don Quichotte de Massenet, Le Vieil Aigle ou Ivan le Terrible de Gunsbourg.

L'activité ne cessera pas pendant la Première Guerre mondiale. L'année 1917 offrit la première mondiale de La Rondine de Puccini (après celle, européenne, de La Fille du Far West en 1912), ainsi que la nouvelle création de Platée de Rameau suivie, en 1918, de[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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