NICOSIE

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L'agglomération de Nicosie, établie depuis l'Antiquité dans la dépression médiane de l'île et devenue capitale de Chypre au Moyen Âge, comptait environ 270 000 habitants en 2006 ; mais sa population active est grossie par l'afflux de travailleurs qui viennent des villages, bourgades ou lotissements abritant depuis 1976 une partie des Chypriotes déplacés à la suite des opérations militaires conduites dans l'île par la Turquie en 1974 : tant ces mouvements quotidiens que l'attraction exercée par les commerces et les services de Nicosie permettent d'étendre le terme de banlieue à près de la moitié du territoire insulaire.

Chypre : carte administrative

Carte : Chypre : carte administrative

Carte administrative de Chypre. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les quartiers grecs et turcs de la ville, assez nettement distincts, chacun étant comme rassemblé autour de son église ou de sa mosquée de référence, étaient restés enfermés, jusque vers 1930, dans l'enceinte circulaire vénitienne de Nicosie qui fut ensuite largement débordée. Les turcophones avaient alors essaimé au nord, les grécophones et des réfugiés arméniens au sud, autour des baraquements établis extra muros pour loger services et fonctionnaires britanniques. De cette époque date une dissymétrie durable de l'agglomération, que l'on ne retrouvait pas dans les autres villes de l'île. Grossis par des ruraux fuyant, entre 1930 et 1960, la misère des campagnes puis attirés par les facilités de la ville, ces faubourgs ont atteint et englobé une demi-douzaine de vieux villages suburbains avant de grossir en lotissements et d'étendre des excroissances animées surtout par des activités de services ou des entrepôts.

Depuis 1974, la ville est divisée par une double ligne de cessez-le-feu séparant Grecs et Turcs et toujours surveillée par les troupes des Nations unies. Cette déchirure du tissu urbain aggrave la ségrégation esquissée lors de la crise de décembre 1963 qui opposa brutalement les activistes de chacun des deux groupes de population. O.N.U. et Union européenne soutiennent divers efforts d'urbanisme en vue de rapprocher et d'harmoniser les projets d'équipement de chacun des deux secteurs, entre lesquels les passages sont autorisés en quelques points depuis avril 2003, mais restent surveillés. Cette division de la ville fait aujourd'hui partie des habitudes de ses habitants comme de leur imaginaire.

Le secteur turc, au nord, couvre moins de la moitié de la ville intra-muros ; le vieux centre conserve des activités de bazar et abrite plusieurs administrations ; plus au nord s'étale une banlieue discontinue lentement organisée, souvent à l'écart des vieux villages suburbains, grâce à des investissements publics. Dans le secteur grec (225 000 habitants en 2006), où se trouvent toutes les ambassades, sauf celle de Turquie, le vieux centre intra-muros est restauré et éclairci dans une triple perspective : mise en valeur de monuments historiques, récupération d'un capital résidentiel recherché par une partie de la bourgeoisie locale, mise en scène de l'anomalie constituée par la division de la ville. Cependant, les activités de services privées (banque, assurances, commerces, entrepôt) et publiques (ministères, administrations, tribunaux) sont déployées à l'extérieur de l'enceinte vénitienne. Elles assurent, suivant quatre axes majeurs, l'ossature des différentes couronnes de la banlieue sud. Les plus importants de ces axes correspondent à deux itinéraires routiers modernisés pour faciliter le trafic en direction du littoral méridional : le premier conduit à la deuxième agglomération de l'île, celle de Limassol (180 000 hab. en 2006) ; le second mène à l'agglomération de Larnaca (80 000 hab. en 2006) qui est flanquée à l'ouest de l'aéroport étendu après 1974 pour remplacer celui de Nicosie, rendu inutilisable du fait de sa proximité avec la zone occupée par la Turquie. L'agglomération de Nicosie, qui demeure le seul centre de l'île, occupe de la sorte le sommet d'un triangle qui contient aujourd'hui la plus grande partie de la population et des activités productives de Chypre, à l'exception de l'agriculture.

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Écrit par :

  • : maître assistant à l'université de Toulouse-Le-Mirail, expert de l'Organisation des Nations unies à Chypre

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Dans le chapitre « Chypre, province byzantine »  : […] De manière symbolique, le iv e  siècle est passé dans la mémoire des chroniqueurs comme une période de profonds bouleversements, au moment où l'Empire romain d'Orient prend forme. Une série de catastrophes naturelles secoue l'île, tels les violents séismes de 332, 342 et 365, qui détruisent les anciennes cités de Salamine, Paphos et Kourion, provoquant l'intervention directe du pouvoir impérial d […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Pierre-Yves PÉCHOUX, « NICOSIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nicosie/