MORRIS (1923-2001)

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Né à Courtrai le 1er décembre 1923, Maurice De Bevere devient en 1944 encreur dans un petit studio belge de dessins animés. L'année suivante il adopte le pseudonyme de Morris et devient illustrateur pour les magazines des éditions Dupuis. C'est dans L'Almanach Spirou 1947, paru à l'automne 1946, qu'est publiée sa première bande dessinée, Arizona 1880, dont le héros est le cow-boy Lucky Luke, un justicier bon enfant, plutôt rondouillard. De son passage dans un studio de dessins animés, Morris a gardé un graphisme qui a le sens du mouvement et une particularité des personnages de Walt Disney : les mains de son héros n'ont que quatre doigts. Avec le temps, Lucky Luke acquerra un cinquième doigt, deviendra progressivement grand et maigre et, pour complaire aux ligues antitabac américaines, il cessera de fumer, se contentant de mordiller un brin d'herbe.

La série, poursuivie dans l'hebdomadaire Spirou de 1947 à 1968, est ensuite prépubliée dans Pilote, puis, à partir de 1975, dans divers grands journaux. À la mort de Morris, survenue le 16 juillet 2001 à Bruxelles, elle se compose de 71 albums, auxquels on peut ajouter les 15 albums de Ran-Tan-Plan, personnage secondaire de Lucky Luke élevé en 1987 au rang de héros – ou plutôt d'anti-héros –, et deux albums de Kid Lucky (sur la jeunesse du cow-boy), soit 88 volumes, correspondant à une vente totale d'environ 300 millions d'exemplaires, en une trentaine de langues. À partir de 1971, Lucky Luke fut adapté en dessins animés (une centaine d'épisodes) et en 1991 il fut interprété au cinéma par Terence Hill (pseudonyme de l'acteur italien Mario Girotti). « L'homme qui tire plus vite que son ombre » a fait la fortune de son créateur, mais il a peu changé sa vie : malgré une réussite financière exceptionnelle (le chiffre d'affaires annuel de Lucky Luke était d'environ 6 millions d'euros pour les albums et d'environ 50 millions d'euros pour les produits dérivés – dessins animés, jeux vidéo, objets divers), Morris avait conservé un train de vie modeste, et continuait à habiter dans une petite maison de la banlieue de Bruxelles, où il dessinait sans relâche, comme un débutant qui doit assurer sa subsistance. L'homme était effacé et courtois, mais dur en affaires, et avait volontiers recours à la justice. Il avait tendance à ne voir en ses scénaristes que de simples assistants, ce qui était injuste au moins à l'égard de René Goscinny, dont l'apport fut décisif.

C'est aux États-Unis, où il séjourne de 1948 à 1954 (tout en envoyant ses bandes dessinées au journal Spirou), que Morris fait en 1950 la connaissance de René Goscinny. Rentrés en Europe, les deux hommes décident de travailler ensemble à Lucky Luke en 1955, une collaboration qui durera jusqu'à la mort de Goscinny en 1977, et produira les épisodes les plus réussis. Goscinny met définitivement en place l'univers de Lucky Luke. Aux deux personnages de base, Lucky Luke, cow-boy nonchalant mais déterminé dans la tradition de ceux des films américains, et Jolly Jumper, son cheval philosophe, il ajoute une galerie de personnages secondaires hauts en couleur, et dont la présence se révèle vite indispensable, comme les abominables cousins Dalton, quatre bandits plus dérisoires que redoutables, ou Ran-Tan-Plan, un chien de garde totalement stupide, antithèse du Rin-Tin-Tin hollywoodien. Sous l'influence de Goscinny, le comique devient parfois humour absurde, et l'autocitation finit par créer une distanciation ironique : par exemple, le lecteur sait qu'à la dernière case de chaque album il verra Luky Luke chevaucher vers le soleil couchant en chantant « I'm a poor lonesome cowboy ». Quant aux intrigues, elles reposent sur un principe simple et efficace : présenter une version parodique – et souvent burlesque – de toutes les légendes relatives à la conquête de l'Ouest (guerres contre les Peaux-Rouges, personnages mythiques comme Calamity Jane, Jessie James ou Billy the Kid, construction du chemin de fer transcontinental, ruée vers l'or, etc.). Les successeurs de Goscinny appliqueront scrupuleusement sa méthode. Dans le dernier album paru du vivant de Morris, L'Artiste peintre (2001), le scénariste Bob de Groot fait se rencontrer Lucky Luke et le peintre de l'Ouest américain Frederic Remington (1861-1909).

Morris avait commencé Lucky Luke alors que le western était, dans le cinéma et la bande dessinée, un genre [...]

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Dominique PETITFAUX, « MORRIS (1923-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/morris/