TORGA MIGUEL (1907-1995)

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Né le 12 août 1907 à São Martinho de Anta, dans la province de Trás-os-Montes, dans une famille de paysans, Miguel Torga gardera toujours l'empreinte de sa terre natale, âpre et rude. De son vrai nom Adolfo Correia Rocha, il choisit en 1934 pour pseudonyme un mot qui désigne une bruyère sauvage, auquel il accole le prénom de Cervantès et Unamuno. Après cinq années passées au Brésil, où il est employé dans une fazenda du Minas Gerais, il reprend ses études au Portugal. Il sera d'abord médecin de campagne dans son village natal, puis, en 1939, il ouvrira un cabinet d'oto-rhino-laryngologiste à Coimbra. Il y demeurera désormais, se consacrant à sa profession et à son œuvre. Celle-ci comprend une cinquantaine de volumes : outre la poésie, sa vocation première, il publia des contes, des romans, des essais, des pièces de théâtre, son Journal.

Le lyrisme accompagne toute l'existence de Torga : “Je sais qu'il est une promesse dans l'acte de chanter”, disait-il. L'œuvre poétique compte une quinzaine de recueils, à partir de Anxiété (Ansiedade, 1928) et Rampe (Rampa, 1930). L'Autre Livre de Job (O Outro Livro de Job, 1936) est le cri de révolte que la créature lance à son créateur. Libération (Liberação, 1944) est un hymne à la vie saisie dans le flux des générations, tandis que Cantique de l'homme (Cântico do homen, 1950) chante l'avenir de l'humanité. Poèmes ibériques (Poemas ibéricos, 1965) évoque les figures de proue de l'Espagne et du Portugal dans la célébration de l'Ibérie.

Plus que dans le roman (Senhor Ventura, 1943), Torga excelle dans la nouvelle. Sa familiarité avec les lieux évoqués, son expérience de la souffrance et de la mort, la lucidité et la compassion avec lesquelles il raconte les drames ou les joies de ses personnages, toutes ces qualités s'allient dans ces histoires de vie où tout lecteur peut retrouver l'écho de ses passions, de ses peurs ou de ses désirs. Dans Arche (Bichos, 1940), onze nouvelles, sur quinze, sont des histoires d'animaux : à l'encontre de la convention de la fable, l'auteur adopte le point de vue de l'animal sur sa propre existence. Qu'il s'agisse de l'homme ou de la bête, c'est partout le même désarroi, le même mal de vivre qu'il faut affronter avec courage et dignité. Les êtres humains des autres nouvelles (Madalena, Nicolau, Ramiro, Jesus) révèlent leurs ressemblances avec la part la meilleure de tout être vivant, plante ou animal. Aux prises avec le destin toujours “fidèle aux misères du monde”, le défilé de personnages qui s'animent dans les Contes de la montagne (Contos da montanha, 1941) suivis de Nouveaux Contes de la montagne (Novos Contos de montanha) composent l'étonnante comédie humaine qui se joue dans des villages perdus du Portugal. Scènes tragi-comiques où l'on voit souvent la souffrance “portée aux extrêmes du possible” et qui sont évoquées sur un ton neutre ou désabusé, qui laisse souvent transparaître une tendresse désolée. Lapidaires (Pedras lavradas, 1951), recueil de vingt et une nouvelles, met en scène des êtres frustes, à l'âme hantée de sombres passions, à la fois ivres d'absolu et possédés par le désespoir. La nature, peinte dans sa splendeur élémentaire, participe à ces destinées, comme animée elle-même de sentiments humains. “De son apologie de la nature et du naturel, observe Eduardo Lourenço, Miguel Torga fit une religion, sans être un naturaliste. Ce fut sa manière de s'assumer comme individu, créateur et autonome, face au Créateur, et en général face à toute expression de la transcendance, en dehors de la société, de l'histoire ou de la politique.”

Par son ampleur et sa richesse, le récit autobiographique occupe une place primordiale dans l'œuvre de Torga. Dans La Création du monde (A Criação do mundo, 1937-1981), composée avec “la matière incandescente d'une vie”, la relation des événements s'accompagne d'une méditation austère sur la condition humaine. L'écriture est en harmonie avec l'attitude hautaine de la conscience aux prises avec la “force obscure et têtue du destin”. Le Quatrième Jour (1974), évocation de l'Espagne franquiste, valut à son auteur d'être emprisonné par la police de Salazar. Le Journal (Diario, 1941-1987), en seize volumes, reprend les mêmes thèmes, notamment celui du refus de toute tyrannie. La personnalité de l'auteur se reflète ici dans le miroir de sa propre conscience, selon son expression. Solitaire, tourmenté, exigeant, l'écrivain s'y révèle, voué à l'“acte sacré de la création”. Récits [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Bernard SESÉ, « TORGA MIGUEL - (1907-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/miguel-torga/