BRAULT MICHEL (1928-2013)

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Opérateur et réalisateur, Michel Brault joua au cours des décennies 1960-1970 un rôle de premier plan dans l’émergence du « cinéma direct » puis du jeune cinéma dit « du Québec libre ». Son art de la marche, caméra au très grand angulaire à l’épaule et son synchrone, révolutionna, du documentaire à la fiction, la technique et l’esthétique de la prise de vues. Cette pratique s’est imposée par la suite dans le monde entier, à la télévision puis au cinéma. Il faut se souvenir qu’en 1960 tous les films étaient encore postsynchronisés en studio (même si, depuis peu, on enregistrait parfois au tournage un son témoin pour vérifier les dialogues) et que, lorsque la caméra se déplaçait c’était sur un chariot de rails.

Né le 25 juin 1928 à Montréal, Brault débute par le cinéma amateur, la critique, la photographie puis la télévision. Il entre à l’Office national du film du Canada (O.N.F.) quand cet organisme fédéral quitte en 1956 Ottawa pour Montréal, favorisant la formation d’une jeune génération de cinéastes francophones, autant passionnés par les nouvelles techniques que désireux de représenter la réalité nationale du Québec. Après quelques courts-métrages de la série Candid Eyes, Brault signe en 1958 avec Gilles Groulx Les Raquetteurs. Chronologiquement, il s’agit du premier film de « cinéma vérité », une tendance qui se dessine alors presque simultanément à New York et à Paris. Rencontré au Séminaire Flaherty en 1959, Jean Rouch l’engage comme opérateur de Chronique d’un été (1961, coréalisation Edgar Morin). En France, Michel Brault collabore aussi avec Mario Ruspoli, Annie Tresgot et William Klein. Mais c’est surtout au Québec que « l’homme caméra » approfondit dans une douzaine de films son approche d’un cinéma de rupture qui triomphe avec Pour la suite du monde (1963, coréalisation M. Brault et Pierre Perrault), chef-d’œuvre mondial du cinéma direct. En filmant la reprise de la pêche traditionnelle au marsouin à l’Isle-aux-Coudres, interrompue depuis plus de trente ans, les cinéastes recueillent l’expérience humaine de toute une communauté. Conduite par le vieil Alexis Tremblay, elle retrouve avec fierté la gestuelle des ancêtres, leurs coutumes, leur religion et toute une cosmologie portée par une parole d’une truculente poésie.

Michel Brault est désormais une figure majeure du cinéma national exprimant l’identité québécoise, assumée en politique par le P.Q. (Parti québécois) avant comme après son accession au pouvoir en 1976, mais aussi par les revues Hexagone ou Parti-Pris, la poésie (Gaston Miron, chantre de la « québécitude ») et la chanson (Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Robert Charlebois, dans un marché où 90 p. 100 de la musique diffusée était en anglais). L’enthousiasme intellectuel et artistique prendra fin avec l’échec inattendu du référendum sur l’indépendance de la « Belle Province », en 1980. Mais jusque-là, en cinéma direct ou dans la prise de vues des films de fictions qui se multiplient dès les années 1970, Brault est au générique de bon nombre des plus grands films québécois : L’Acadie, l’Acadie (coréalisateur Pierre Perrault), Mon oncle Antoine (Claude Jutra), Le Temps d’une chasse ou Les Bons Débarras (Francis Mankiewicz)… Lui-même réalise en particulier Entre la mer et l’eau douce qui révèle Geneviève Bujold (1967, jolie mais triste histoire d’amour chez les jeunes quittant la campagne pour la grande ville) et Les Ordres (1974, prix de la mise en scène au festival de Cannes 1975, film politique dénonçant la violente répression policière consécutive à la crise d’octobre 1970). En 1999, il consacre Quand je serai parti, son dernier long-métrage, à la rébellion des Patriotes de 1837.

Mort le 21 septembre 2013, Michel Brault laisse une filmographie riche de près de cent titres, tous marqués d’une véritable éthique du regard.

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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CINÉMA (Cinémas parallèles) - Le cinéma documentaire

  • Écrit par 
  • Guy GAUTHIER, 
  • Daniel SAUVAGET
  •  • 5 453 mots
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Dans le chapitre « Le direct »  : […] En 1958, dans le cadre de l'ONF, au Québec, Michel Brault tourne, sur un congrès d'amateurs de raquettes pour la neige, un petit film intitulé simplement Les Raquetteurs . Grâce à un matériel encore expérimental, léger, permettant à un opérateur entraîné de s'intégrer au groupe sans le perturber, il instaure une petite révolution. Le cinéma direct est né, ses progrès vont être foudroyants, et éma […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « BRAULT MICHEL - (1928-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-brault/