MÉMOIRES D'UNE JEUNE FILLE RANGÉE, Simone de BeauvoirFiche de lecture

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Un récit de dé-construction

La lecture du livre révèle un certain décalage avec le « programme » annoncé par son titre, reprise décalée des Mémoires d'un jeune homme rangé de Tristan Bernard (1899). La dimension historique y est en effet assez réduite – la guerre en arrière-plan, quelques allusions à la vie politique de l'époque... –, et le tableau de la société française très limité sociologiquement. C'est bien à une autobiographie traditionnelle que nous avons affaire ici : récit d'une construction de soi qui est aussi, comme dans toute autobiographie, une reconstruction du passé à partir du présent. D'où le moment à la fois conclusif et fondateur où la narratrice reçoit de son ami Herbaud, comme un second baptême, son surnom : « BEAUVOIR = BEAVER. Vous êtes un Castor ». Quant à l'expression « jeune fille rangée », elle n'est pas dénuée d'ironie. Le récit de construction, en effet, est aussi et d'abord un récit de dé-construction : il aura fallu que la jeune fille bourgeoise, pieuse et réactionnaire, loin de « se ranger », se déprenne de son milieu et refuse son destin pour trouver sa propre voie. À cet égard, la perte de la foi, qui acte la rupture avec la mère, constitue un moment d'autant plus central qu'il coïncide avec la prise de conscience de la vocation d'écrivain.

« Les Castors vont en bande et ils ont l'esprit constructeur », précise Herbaud. C'est bien en effet avec et par les autres que se forge l'identité de la jeune Simone, au gré de rencontres successives : Zaza et Jacques, mais aussi Garric, Pradelle, Herbaud, Simone Weil, Stepha, et pour finir, bien sûr, à la fois comme un achèvement et une ultime rupture, Sartre. Si tous ces initiateurs jouent leur rôle, les figures de Zaza et de Jacques se détachent, et le livre se veut, dans une certaine mesure, à leur égard, un hommage teinté de culpabilité. Tous deux apparaissent en effet comme des doubles de Simone, mais voués à l'échec : nihilisme et vie ratée pour Jacques, renoncement, désespoir et mort prématurée pour [...]

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BEAUVOIR SIMONE DE (1908-1986)

  • Écrit par 
  • Éliane LECARME-TABONE
  •  • 2 815 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L'autobiographie »  : […] L'entreprise de vivre et l'entreprise d'écrire sont si liées chez Simone de Beauvoir que le passage à l'autobiographie, plus directement en prise avec le réel que le roman, était inévitable. Commencée à la cinquantaine, cette entreprise, qui répond aussi au désir de sauver le passé, se poursuit avec des modalités diverses presque jusqu'à la fin de la vie de Simone de Beauvoir : au socle dur consti […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Guy BELZANE, « MÉMOIRES D'UNE JEUNE FILLE RANGÉE, Simone de Beauvoir - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/memoires-d-une-jeune-fille-rangee/