SCOLARI MASSIMO (1943- )

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L'architecte Massimo Scolari est né le 31 mars 1943 à Novi Ligure en Italie. Inscrit à la faculté d'architecture de l'Institut polytechnique de Milan en 1963, il a pour professeurs Ernesto Rogers et Aldo Rossi. L'influence de ce dernier sera déterminante : après des travaux théoriques sur l'histoire du Mouvement moderne et l'histoire urbaine, c'est en effet sous la direction de l'auteur de L'Architecture de la ville qu'il obtient son diplôme en 1969 ; il sera son assistant jusqu'en 1971. Sans abandonner complètement la pratique de l'architecture – il conçoit des projets pour le théâtre Dal Verme à Milan (1967), l'hôtel de ville de Scandicci (près de Florence) en 1968 (en collaboration avec Aldo Rossi), ou encore pour le complexe sportif d'Abbiategrasso (près de Milan) –, Scolari entame une double carrière d'aquarelliste et de théoricien enseignant, ces activités s'enrichissant l'une l'autre.

De 1969 à 1973, il est rédacteur de la revue Controspazio, où il publie le résultat de ses recherches, et où il milite pour la fondation d'une « science urbaine » (no 7-8, 1971), dans le sillage des analyses typo-morphologiques de Rossi. Deux numéros spéciaux dirigés avec Ezio Bonfanti, respectivement consacrés au Bauhaus et aux facultés d'architecture, auront une résonance particulièrement importante.

L'idée d'une architecture « rationnelle » défendue alors par Scolari, s'inscrit dans un vaste mouvement critique : proche de Léon Krier dans son refus des avant-gardes, défenseur du mouvement italien la Tendenza, qui se distingue notamment par son attachement à la notion de type architectural, Scolari préfère procéder par négations plutôt que d'énoncer de grands principes. Ce procédé lui permet de réfuter, notamment, les « cinq points pour une architecture nouvelle » de Le Corbusier (1925) : « la maison ne doit pas comporter de fenêtres en bandeau, elle ne doit pas être sur pilotis, elle ne doit pas avoir un toit-terrasse, elle ne doit pas faire référence au mouvement moderne, elle ne doit pas être uniquement une habitation, elle ne doit pas dépasser les deux étages hors sol », etc.

Il ne s'agit donc pas, aux yeux de Scolari, de découvrir de nouvelles vérités, mais d'éviter certaines erreurs : « L'architecture italienne, celle qui enlaidit les banlieues et détruit les centres historiques, est aujourd'hui fatiguée, incapable de répondre aux questions que nous lui posons ; le compromis politique et interdisciplinaire a déjà tué en elle toute impulsion de renouveau. [...] Pour la Tendenza, l'architecture est un processus de connaissance qui doit être reconnu comme autonome. Il implique en lui-même la nécessité d'une refonte disciplinaire, le refus de remédier à la crise de l'architecture par le recours à l'interdisciplinarité, le refus de s'immerger dans l'événement politique, économique, social et technologique pour masquer une stérilité de la création et donc de la forme, mais plutôt la volonté de comprendre cet événement pour pouvoir intervenir sans équivoque, non pour le déterminer, mais pour éviter de le subir », écrit Scolari dans « Avant-garde et nouvelle architecture », texte introductif à son ouvrage L'Architecture de l'incertitude (1980).

L'Architecture de l'incertitude rassemble les aquarelles, dessins, gravures, collages et dessins d'architecture réalisés par Massimo Scolari entre 1964 et 1979. Cette production foisonnante, exposée à plusieurs reprises (à la XVe Triennale de Milan en 1973 ou à la galerie Max Protetch à New York en 1980), relève à la fois d'un travail plastique, porteur d'une forte charge poétique et intégrant de nombreuses références, et d'une recherche critique traitant spécifiquement de l'architecture. Si les éléments qui le rattachent à la Tendenza y sont récurrents (ville, monument, type architectural) et donnent au dessin de Scolari une portée tellurique, l'espace maritime et surtout aérien hantent également l'imaginaire de l'architecte. Une figure, le plus souvent stylisée, revient constamment : oiseau, planeur, cerf-volant, elle devient la signature de Scolari ; ces deux ailes ont d'ailleurs trouvé leur place, sous forme de sculpture, sur le toit de l'un des bâtiments de l'Institut universitaire d'architecture de Venise (I.U.A.V.), ancienne filature réaménagée par Gino Valle au début des années 1990.

Professeur à l'I.U.A.V. depuis 1983 – il a démissionné en 2001 pour passer son brevet de pilote d'avion –, Massimo Scolari a enseigné et prononcé des conférences dans de nombreuses universités (Palerme, Londres, Los Angeles, New York, Copenhague). Il a poursuivi son activité théorique et éditoriale au sein de plusieurs revues (Lotus International, Casabella, Eidos) et pris part au comité scientifique de l'exposition L'Architecture de la Renaissance italienne, de Brunelleschi à Michel-Ange (Palazzo Grassi, Venise, 1994). Parallèlement à l'exposition John Soane et les ponts en bois suisses, organisée à Vicence en 2002, il a présenté l'installation Il ponte di Cesare, évocation de la traversée du Rhin par Jules César en 55 av. J.-C., et réalise plusieurs installations pour la biennale de Venise de 1980 à 2004. Depuis 1989, Scolari dessine également du mobilier pour la firme italienne Giorgetti, dont il devient le directeur artistique en 2001. Ses études sur la représentation ont été publiées en 2005 (Il disegno obliquo : une storia dell’ antiprospettiva). À l’occasion de l’exposition personnelle du Civic Museum de Riva del Garda (Italie) en 2007, les éditions Skira ont publié une monographie sur son travail.

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Simon TEXIER, « SCOLARI MASSIMO (1943- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/massimo-scolari/