MASANOBU KANŌ (1434-1530)

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Dans la seconde moitié du xve siècle, le Japon fut le théâtre des rivalités des grandes familles guerrières, et le shōgun Ashikaga Yoshimasa n'eut pas l'autorité nécessaire pour les apaiser. Les luttes de la période Ōnin (1467-1477) ravagèrent Kyōto, qui vit disparaître de nombreux édifices anciens. Sans se préoccuper des souffrances des habitants de la capitale, le shōgun, esthète et mécène, négligeait ses devoirs politiques. Un important commerce avec la Chine et avec la Corée lui fournissait peintures et objets d'art.

En 1474, ayant abdiqué en faveur de son fils, Yoshimasa se retira au pavillon d'Argent (Ginkaku-ji) qu'il avait fait bâtir au pied des collines de l'Est (Higashiyama). C'est alors que fleurit la culture dite de Higashiyama, synthèse des goûts des moines zen et de ceux de la cour impériale. Le shōgun s'entoure de moines, savants, poètes et peintres, d'acteurs de nō, fait appel à Geiami, maître jardinier, à Nōami et Sōami qui classent ses collections. Son peintre officiel aurait alors été Kanō Masanobu.

Le fondateur d'une lignée

Depuis l'époque Kamakura, les monastères zen avaient été les grands centres de création de la peinture à l'encre (suibokuga), technique nouvelle venue de Chine. Les œuvres des maîtres Song et Yuan inspiraient les moines qui peignaient des kakemono (rouleaux en hauteur à la mode chinoise). Au début du xve siècle, Shūbun puis son élève Oguri Sōtan (1413-1481), peintres officiels des shōgun (gōyō eshi), transposèrent les thèmes chinois (paysages et peintures de fleurs et d'oiseaux) sur les grandes surfaces des paravents et des portes à glissière des résidences seigneuriales. Mais les compositions moins denses ont tendance à perdre leur profondeur ; une fois de plus, la peinture chinoise commence à se japoniser. Kanō Masanobu semble avoir accentué cette tendance dans un art plus extérieur et plus décoratif.

On sait fort peu de choses sur ce fondateur d'une lignée qui devait, jusqu'en 1868, se maintenir au sommet de la peinture officielle. Dans les Honchō gashi, rédigés à la fin du xviie siècle par Kanō Einō, fils de Sansetsu, la biographie de Masanobu reste sommaire. Né en 1434 dans une famille guerrière de Kanō, dans la péninsule d'Izu, il aurait été initié à la peinture à l'encre (kanga) par son père Kanenobu. On peut supposer que ce dernier avait connu les artistes de l'école de Kamakura où, dès le xiiie siècle, avaient été apportées de nombreuses œuvres chinoises de l'époque Song ainsi que le prouve le Butsu-nichi-an komotsu mokuroku, catalogue des trésors déposés au monastère zen de l'Enkakuji par Hōjō Yokimune (1251-1284).

Bien que disciple de la secte de Nichiren à laquelle ses descendants devaient rester fidèles, Masanobu fut accueilli, vers le milieu du xve siècle, au Shōkoku-ji de Kyōtō, monastère zen fondé en 1282 par Ashikaga Yoshimitsu, qui jouissait de la faveur des shōgun. De nombreux moines-peintres s'y étaient formés, parmi lesquels Jōsetsu, Shūbun et Oguri Sōtan.

Masanobu semble avoir obtenu la protection de Kikei, abbé du Unchō-in (dépendance du Shōkoku-ji) qui avait la charge de tenir le registre des allées et venues des moines, ainsi que des comptes et des commandes shogunales. C'est dans ce registre, le Onryōken jitsu roku, que l'on trouve en l'année 1463 la première mention de Masanobu, auteur d'une Kannon et de dix rakkan (arhat) destinés à orner l'oratoire de Kikei.

On ignore la date de l'entrée de l'artiste dans l'atelier du shōgun Yoshimasa en qualité de doboshu, peintre laïc, où il retrouva Nōami et Soami (adeptes de la secte amidiste Ji), grands connaisseurs de peinture chinoise et chargés d'établir le catalogue des collections de leur maître.

Au reste, les guerres d'Ōnin ne tardèrent pas à éclater, entraînant l'exode des artistes qui fuirent la capitale.

Publié en 1934 par le Kōfukuji, le Gison daisō shoki (registre du moine Gison du Daijō-in) signale la mort de Nōami au Hasedera, proche de Nara et la présence dans cette ville de Masanobu ainsi que celle du tenka e-dokoro, c'est-à-dire Tosa Mitsunobu, chef de l'atelier de la cour impériale. On peut supposer que, dès ce moment, eut lieu une rencontre entre ces deux peintres.

S'établissant vers 1474-1478 au Higashiyama, Yoshimasa, pour orner sa nouvelle résidence, fit appel à ses artistes familiers. Il avait pour habitude de choisir le style dans lequel devaient être traités les décors qu'il leur demandait. C'est ainsi qu'en 1483, Masanobu orna les shōji du Jodō-ji de vues des lacs Xiao et Xiang à la manière de Mu [...]

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  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet

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Dans le chapitre « Apparition du suiboku »  : […] L'introduction du Zen (le Chan chinois) fit connaître la calligraphie des Song qui, très virile, se répandit parmi les moines, puis parmi les guerriers. Mais c'est la peinture monochrome des Song et des Yuan qui devait exercer sur les Japonais une véritable fascination. Le lavis ( suiboku ) permettait de modeler les formes, au moyen de touches et de taches, et de suggérer, grâce à l'encre plus ou […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Madeleine PAUL-DAVID, « MASANOBU KANŌ (1434-1530) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/masanobu/