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MARKETS, MARKET FAILURES AND DEVELOPMENT, Joseph E. Stiglitz Fiche de lecture

Certains des travaux majeurs de Joseph Stiglitz portent sur l'analyse des pays en voie de développement (P.V.D.), essentiellement l'Afrique, où il posera le pied pour la première fois en 1967. Selon lui, il y a un écart bien trop important entre ce qu'il observe sur le terrain et ce que prédisent les modèles néo-classiques de l'époque. L'observation du monde rural africain fait germer en lui l'idée d'introduire dans les analyses l'imperfection de l'information des agents et l'absence ou les défaillances de marchés, afin d'expliquer certains déséquilibres observés (comme le chômage) ou la persistance d'institutions que la théorie classique qualifie « d'inefficaces » comme le métayage (location de la terre en échange d'une partie de la récolte). La problématique sous-jacente aux analyses des P.V.D. est évidemment de déterminer les facteurs potentiellement responsables des écarts de richesse par rapport aux pays développés et en particulier pourquoi le rattrapage initialement prédit par les modèles néo-classiques n'a pas lieu. En 1989, Stiglitz contribue à ce débat dans un article publié dans l'American Economic Association Papers and Proceedings sous le titre : « Markets, Market Failures and Development » (Marchés, défaillances de marché et développement).

Critique de l'information parfaite et réflexion sur l'action de l'État

Dans cet article, Stiglitz avance l'idée que les dotations en facteurs productifs, comme le capital et le travail, ne peuvent être seules responsables d'un écart de richesse aussi important entre les P.D.V. et les pays développés. Pour lui, il est essentiel de tenir compte du cadre dans lequel les opérations économiques sont effectuées : « What is at stake is more than just differences in endowments of factors, but basic aspects of the organization of the economy, including the functioning of markets » (Ce qui est à l’œuvre ne se réduit pas à de simples dotations en facteurs, mais a trait aux fondements de l’organisation de l’économie, y compris le fonctionnement des marchés). Il remet en cause les théories supposant des marchés parfaits, ce qui pour lui n'est un cadre d'analyse valable ni pour les pays développés ni pour les P.V.D. Il avance que le retard de croissance peut être expliqué par une défaillance de marché plus importante dans les P.V.D. que dans les pays riches, et par la réponse d'institutions privées hors marché moins efficaces pour les contourner. Stiglitz prend notamment comme exemple le cas du marché des capitaux, qui est caractérisé par un risque important et par un possible rationnement, y compris dans les pays développés. Pour faire face à ce problème, des marchés internes de capitaux au sein des grandes entreprises ont vu le jour, donnant lieu à des crédits inter-firmes. Malheureusement, cela ne s'avère pas être une option possible dans les P.V.D., où la taille des entreprises n'est pas suffisante. Ainsi, pour Stiglitz, l'analyse du développement passe par la recherche d'une meilleure compréhension des mécanismes microéconomiques à l'œuvre dans les pays en question. Il faut une théorie de l'organisation rurale et industrielle prenant en compte le fonctionnement spécifique des marchés et les défaillances de ces derniers. Dans la dernière partie de l'article, Stiglitz argumente en faveur d'une action de l'État pour pallier certaines imperfections de marché. Cependant, il reconnaît que le gouvernement fait face aux mêmes problèmes d'information et d'incitations que les agents privés. Dès lors, il plaide en faveur d'une identification rigoureuse des marchés pour parvenir à distinguer ceux dont les défaillances peuvent être contournées via des institutions hors marché, institutions dont l'État pourrait simplement favoriser le développement ou initier la mise en place, de ceux dont le fonctionnement pourrait être amélioré directement[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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