DEVADE MARC (1943-1983)

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Le peintre Marc Devade est mort alors qu'il allait avoir quarante ans, laissant une œuvre déjà riche et complexe. Marc Devade était peintre, mais aussi écrivain. Membre du comité de rédaction de la revue Tel Quel, cofondateur et rédacteur de Peinture, cahiers théoriques, il était l'un des principaux animateurs des débats sur les relations entre pratique et théorie dans le domaine des arts plastiques, débats qui ont dominé l'histoire de l'art français depuis les années 1960.

L'intention première de Marc Devade n'était pas de s'adonner à la pratique picturale. D'abord poète, épris de philosophie, c'est à la rencontre de Marcelin Pleynet — qui lui fait publier ses premiers poèmes dans Tel Quel dès 1964 — qu'il doit de s'intéresser plus spécifiquement à la peinture. Après une première exposition personnelle à la galerie du Haut-Pavé en mars 1970, dans laquelle on perçoit déjà ses préoccupations pour le chromatisme, les leçons de l'abstraction américaine et de la peinture de Matisse, Devade rejoint le groupe Supports-Surfaces et participe à ses expositions et à ses discussions. Très vite, ses positions théoriques et esthétiques l'amèneront, en compagnie de Louis Bioulès, Daniel Cane et Vincent Dezeuze, à récuser le manque de réflexion politique des autres membres du groupe, et à insister sur des problèmes strictement picturaux et non pas « matériologiques » comme il les qualifie lui-même. Ceux-ci pouvaient paraître « de très beaux gestes » mais Devade les qualifiait néanmoins de « n'importe quoi, ficelles, draperies, colifichets ». Cette scission, plus profonde que pourrait le laisser croire une lecture hâtivement formaliste, est déjà la preuve d'une volonté de réflexion sur le statut de la peinture, « comme un objet de connaissance complexe, dont il faut faire la science sur une base philosophique marxiste-léniniste, en relation dialectique avec une pratique dans l'Histoire [...] par rapport au champ économique, politique et social ».

Cette prise de position impliquait la nécessité de fonder un lieu qui fût à la fois réceptacle d'un tel débat et base d'action : ainsi naîtra la revue Peinture, cahiers théoriques. Cette publication, au-delà de sa volonté polémique et de sa valeur aujourd'hui relativement documentaire, a été, comme le note justement Louis Cane, « le résultat d'un travail avec un certain lieu de la littérature [dont] Marc Devade jugeait indispensable l'apport culturel et les connaissances ». Un apport qui s'enrichit très tôt de la psychanalyse et de la présentation de la peinture chinoise classique, que Devade juge comme le modèle d'une expression plastique où l'idée s'allie à la forme.

Est-ce à dire, comme on le lui a parfois reproché, que l'importance de Devade est avant tout celle d'un théoricien dont le travail de peinture ne resterait que l'illustration d'un mode de pensée ? C'est ne pas comprendre, ou ne pas vouloir admettre, la nécessité réellement dialectique que ressentait et pratiquait Devade sur la praxis et la théorie, et sa ferme résolution de traduire par les formes l'exercice même de cette réflexion. Sans doute, malgré cette compréhension critique de la modernité, Devade peut-il être considéré comme un peintre « classique », si l'on entend par là qu'il n'a jamais abandonné le système du tableau où la toile tendue sur un châssis se présente toujours de manière frontale. Des premières encres de Chine de petits formats aux acryliques en aplats colorés apposés selon une répartition géométrique, du retour aux encres où une gestualité contenue ne prend sens que dans la superposition de couches de couleurs uniformes, jusqu'à la dernière étape de son œuvre — peintures à l'huile traitées en grandes surfaces de camaïeux vaporeux et mordorés où le regard doit s'infiltrer et se retenir —, Devade n'a eu de cesse, par ce système non figuratif, d'élaborer « une technique qui fait manque ou frustration », mais qui était pour lui « l'un des plus sûrs moyens de toucher avec des pinceaux à du réel et de le jouer selon [son] désir ».

Une logique picturale — on pourrait dire une fidélité — qui n'a pas toujours été bien comprise à l'heure des changements saisonniers et des modes. L'attachement fondamental de Devade à la conception d'une peinture qui dialogue constamment avec la théorie permet peut-être d'expliquer que cette production soit restée somme toute assez confidentielle, et cela malgré des expositions individuelles régulières, comme à la galerie Templon en 1972 et 1974, chez Piltzer l'année suivante, à l'A.R.C. en 1978, à la galerie des Blancs-Manteaux en 1981 (exposition qui est l'occasion pour lui de publier un remarquable catalogue, préfacé par Philippe Sollers et comportant un long entretien avec Marcelin Pleynet où il explique son itinéraire artistique) ; cette série s'est conclue à la galerie Regards par une exposition inaugurée peu de jours avant sa mort.

Devade, se sachant depuis longtemps-condamné, a peut-être volontairement fait preuve d'une discrétion publique que ne dément pas la réalité quotidienne qui a été la sienne — celle d'un labeur acharné — et dont il ne reste en partage qu'une trace subtile et diaphane, à l'image de son œuvre.

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Pour citer l’article

Ramón TÍO BELLIDO, « DEVADE MARC - (1943-1983) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marc-devade/