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GOBELINS MANUFACTURE DES

L'Enlèvement de la belle Hélène par Pâris - crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

L'Enlèvement de la belle Hélène par Pâris

La manufacture nationale des Gobelins est née de la fusion des ateliers parisiens de lisse et de leur réorganisation voulue par Louis XIV et Colbert. Henri IV avait créé en 1597, pour concurrencer les ateliers flamands, une manufacture transférée au Louvre en 1606 ; en outre, en 1601, deux entrepreneurs flamands, François de La Planche et Marc de Comans, obtinrent d'installer leur fabrique au faubourg Saint-Marcel dans l'ancien hôtel de la famille Gobelin. À la mort de François de La Planche en 1627, ses héritiers s'installèrent faubourg Saint-Germain tandis que les Comans demeuraient dans l'hôtel des Gobelins. Après la disgrâce de Fouquet, Louis XIV confisqua les métiers de l'atelier privé du surintendant à Maincy et réunit en 1662 toutes les manufactures existantes sous la direction de Le Brun dans l'hôtel du faubourg Saint-Marcel. En 1667, les lettres patentes officialisaient la fondation de la manufacture royale des meubles de la Couronne rassemblant les tapissiers, brodeurs, bronziers, ébénistes, mosaïstes, orfèvres qui devaient désormais travailler pour le roi.

Les ateliers de la tapisserie comptaient environ deux cent cinquante ouvriers qui étaient logés sur place et répartis en trois ateliers de haute lisse et un de basse lisse. Le Brun s'entoura d'une équipe de peintres qui avaient chacun leur domaine d'excellence (paysages, fleurs et fruits, animaux, architectures, personnages, etc.), cette spécialisation se retrouvant chez les lissiers exécutants. Le roi fournissait les matières premières — laine, soie, fils d'or ou d'argent — et en défalquait le prix lors de l'achat des tentures. Durant son directorat (1662-1690), Le Brun fut chargé de « faire les desseins de la tapisserie et de les faire exécuter correctement ». On acheva les Portières commencées pour Fouquet, puis on commença les Éléments et l'Histoire d'Alexandre, à la gloire du roi. L'exaltation de la royauté devint éclatante avec l'Histoire du roi et les Maisons royales. Mais les difficultés politiques et économiques de la fin du siècle entraînèrent la manufacture dans une crise profonde : les ateliers ferment de 1694 à 1699, malgré les belles réalisations comme la tenture des Anciennes Indes (1690).

Lors de la réouverture des Gobelins, Hardouin-Mansart commande à Claude III Audran Les Portières des dieux (1699), pièces décoratives qui connaîtront un succès considérable, puis Les Mois grotesques (1709) qui annoncent les tentures « à alentours », tapisseries où le sujet principal est entouré d'une série de motifs (rinceaux, entrelacs, arabesques, fleurs), la plus illustre étant l'Histoire de Don Quichotte de Charles Antoine Coypel (1714).

Dans la première moitié du xviiie siècle, la tapisserie perd son autonomie, son asservissement à la peinture se manifeste par la réduction des formats, la tentation d'un tissage menu comportant de nombreux fils de soie, la multiplication des petits teints qui, sensibles à la lumière, vieillissent inégalement. Alors que Le Brun avait respecté l'autonomie du langage de la lisse, ses successeurs, en particulier Oudry, devenu en 1733 surintendant des Gobelins, durent imposer un tissage en simili-peinture pour Les Chasses de Louis XV. En 1755, Boucher fut nommé à la tête de la manufacture ; coloriste raffiné, il renouvela les tentures à alentours avec Les Amours des dieux (1758), sujet léger et galant qui s'insérait avec bonheur dans les boiseries des petits appartements. Parallèlement, la vogue des portraits royaux tissés commençait à se répandre, prouesses techniques assez vaines qui tentaient de faire oublier l'essence même du tissage. À la fin du siècle, le comte d'Angiviller commanda à Vincent la tenture de l'Histoire d'Henri IV qui tentait de renouer avec la veine historique de la tapisserie[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Toulouse-II

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Pour citer cet article

Michèle HENG. GOBELINS MANUFACTURE DES [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

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L'Enlèvement de la belle Hélène par Pâris

Pierre Alechinsky - crédits : Daniel Janin/ AFP

Pierre Alechinsky

Autres références

  • BOUCHER FRANÇOIS (1703-1770)

    • Écrit par
    • 3 747 mots
    • 2 médias
    ...1734-1735 (Fêtes italiennes, Histoire de Psyché, Tenture chinoise, Amours des dieux, La Noble Pastorale, Fragments d'opéra), et pour celle des Gobelins dont il est nommé inspecteur en 1755. Pour cette dernière, où seront tissées les Tentures de Boucher, Mme de Pompadour lui commande des cartons...
  • COLBERTISME

    • Écrit par
    • 4 814 mots
    ...aboutir. Parfois, les capitaux sont fournis uniquement par le roi : les manufactures sont alors propriété de l'État, assez peu nombreuses à la vérité (les Gobelins, la Savonnerie, des ateliers militaires ou des manufactures d'armes comme Saint-Étienne). Dans la plupart des cas, le roi ou une collectivité...
  • LE BRUN CHARLES (1619-1690)

    • Écrit par
    • 3 114 mots
    • 3 médias
    Ce sont les mêmes principes qui guidèrent le travail de Le Brun aux Gobelins. Les ameublements qui y étaient fabriqués pour les palais royaux se bornaient rarement au rôle de pure décoration Les scènes des tapisseries visaient à glorifier les hauts faits et les vertus du roi ; c'est le cas de l'...
  • OUDRY JEAN-BAPTISTE (1686-1755)

    • Écrit par
    • 381 mots

    Le nom de Jean-Baptiste Oudry est resté assez célèbre comme celui du meilleur peintre d'animaux au xviiie siècle. Il convient pourtant de ne pas négliger les autres aspects de sa carrière. Oudry fut le disciple de Largillière, lequel lui aurait conseillé de se spécialiser dans la peinture...

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