LES DÉMONS, Fiodor DostoïevskiFiche de lecture

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Dostoïevski

Dostoïevski
Crédits : Hulton Archive/ Getty Images

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I Demoni, de F. M. Dostoïevski, mise en scène de Peter Stein

I Demoni, de F. M. Dostoïevski, mise en scène de Peter Stein
Crédits : Boccalini/ Théâtre de l'Odéon

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Un crescendo vers l'apocalypse

L'atmosphère de ce roman s'alourdit peu à peu jusqu'à devenir insoutenable. Le grand art de Dostoïevski consiste à programmer, avec un raffinement quasi pervers, cette progression inexorable vers une sorte d'« apocalypse immédiate ». Le matériau humain du roman, à savoir les personnages, fournit un réservoir inépuisable d'actions scélérates. Sur la trentaine de personnages que comptent Les Démons, la plupart sont des déséquilibrés et quelques-uns sont des monstres. Le vent de folie qu'ils font souffler finit par contaminer ceux qui se croyaient protégés par leur statut social. Le vice et le crime prospèrent sur le chaos habilement créé par l'exploitation sans vergogne des vices du citoyen normal. Chacun ou presque devient dès lors un criminel en puissance.

La leçon que Dostoïevski a voulu donner dans son roman est à la fois esthétique et politique. Le refus du Christ conduit au nihilisme, qui est à son tour vecteur de chaos et de néant. Cette idée simple, Dostoïevski, ancien fouriériste des années 1840 et condamné comme tel à quatre ans de travaux forcés en forteresse en Sibérie (1850-1854), a mis du temps à s'en persuader intimement, au terme de ce qu'il a appelé la « refondation de [mes] convictions ». Déjà très engagé avant le départ du romancier, pour échapper à ses créanciers qui le menacent de prison, en Occident (avril 1867), ce processus de « refondation » va connaître son achèvement ultime au cours de ce deuxième exil, qui durera jusqu'en juillet 1871. Rongé par le mal du pays et la nostalgie, Dostoïevski dira que les années de bagne lui avaient semblé, tout compte fait, préférables. Au moins pendant ces années-là avait-il pu rester au contact de son peuple.

En Occident, Dostoïevski assiste en voisin aux événements de l'insurrection populaire de la Commune de Paris (18 mars-27 mai 1871) alors que les deux premières parties des Démons sont encore en cours d'é [...]

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Écrit par :

  • : Professeur émérite à l'université Charles-de-Gaulle, Lille-III

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DOSTOÏEVSKI FIODOR MIKHAÏLOVITCH

  • Écrit par 
  • Pierre PASCAL
  •  • 4 930 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Les grands romans »  : […] Dostoïevski a tâché avant tout de créer ce chrétien russe idéal. Ce fut d'abord le prince Mychkine, que les gens appellent « l'Idiot », parce qu'il est dénué d'amour-propre, traverse le monde et ses intrigues sans y prendre garde, risque toutes les rencontres sans perdre sa pureté. Mais ce personnage conçu à l'image du Christ ne joue pas le rôle bienfaisant et pacificateur qu'on attendait de lui, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/fiodor-mikhailovitch-dostoievski/#i_25033

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Pour citer l’article

Louis ALLAIN, « LES DÉMONS, Fiodor Dostoïevski - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 septembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-demons/