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LE PARTI PRIS DES CHOSES, Francis Ponge Fiche de lecture

C'est par Le Parti pris des choses, recueil de trente-deux poèmes écrits entre 1924 et 1939 et publié en 1942, que Francis Ponge s'est fait connaître comme poète. Deux ans plus tard, en 1944, Sartre, donnera un article – « L'Homme et les choses », repris plus tard dans Situations I » – dans lequel il salue la méthode à l'œuvre dans ce recueil, méthode inaugurée et pratiquée par Husserl et les phénoménologues : retourner « aux choses mêmes ». Cependant, même si son œuvre fut commentée par des philosophes (outre Sartre, il faut mentionner Henri Maldiney), rien n'est plus étranger à Ponge que le souci de théoriser. « Penser n'est pas raisonner, disait Braque. Il avait raison, c'est peser », note-t-il dans L'Atelier contemporain (1977). Peser, prendre la mesure, se mesurer à, tel est un des sens d'une entreprise qui refuse violemment les idées toutes faites, les vues de surplomb, les sujets traditionnels, les formes préfabriquées. Paraphrasant l'écrivain Joë Bousquet, on pourrait dire que Ponge cherche d'abord à « dire les choses dans le regard qu'elles nous font ».

Les mots et les choses

Les choses pour lesquelles Ponge choisit de prendre parti sont les plus humbles : objets ou phénomènes naturels (pluie, orange, escargots, mollusque, bords de mer, galet), choses fabriquées (cageot, cigarette, pain), lieux précis (le restaurant Lemeunier rue de la Chaussée d'Antin), types humains (gymnaste, jeune mère). Trente-deux objets triviaux, symboliquement neutres, décrits non du point de vue de l'homme mais à partir d'eux-mêmes. C'est seulement lorsqu'ont été neutralisés tous les discours et valeurs socialement projetés sur elles, que les choses peuvent nous donner leurs leçons, nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes. « Il ne s'agit pas d'arranger les choses (le manège) [...]. Il faut que les choses nous dérangent. Il s'agit qu'elles nous obligent à sortir du ronron. » (Méthodes, 1961).

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DESCRIPTION, notion de

    • Écrit par Elsa MARPEAU
    • 985 mots

    La description permet de donner à voir en imagination, grâce au langage. Elle constitue une pause, un contretemps dans le flux du récit. Sa finalité représentative semble ainsi l'opposer aux visées narratives de ce dernier. Toutefois, cette distinction théorique est plus complexe dans la pratique,...

  • LITTÉRATURE FRANÇAISE DU XXe SIÈCLE

    • Écrit par Dominique RABATÉ
    • 7 278 mots
    • 13 médias
    ...(1927-2012). Francis Ponge (1899-1988) se moque souvent du titre de poète qu’il révoque, préférant célébrer le monde des objets ordinaires dans Le Parti pris des choses (1942), ou mettre en scène l’atelier d’écriture de ses poèmes qui tâtonnent d’essais en brouillons vers la diction d’un rapport...
  • PONGE FRANCIS (1899-1988)

    • Écrit par Michel COLLOT
    • 2 418 mots
    • 1 média
    La parution du Parti pris des choses (1942) le fait connaître, et attire notamment l'attention de philosophes comme Sartre et Camus ; de fait, Ponge participe, par son « retour aux choses », d'un certain courant littéraire d'inspiration phénoménologique, mais il reproche vivement à l'existentialisme...

Voir aussi