LE CHÂTEAU, Franz KafkaFiche de lecture

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La légende veut que ce soit à la « trahison » d’un ami que nous devions de pouvoir lire Le Château. Dans une de ses dernières lettres à Max Brod, qu’il a connu à Prague dès 1902, Franz Kafka (1883-1924) écrit en effet, le 29 novembre 1922 : « De tout ce que j'ai écrit, seuls sont valables les livres : Verdict, Soutier, Métamorphose, Colonie pénitentiaire, Médecin de campagne, et le récit Artiste de la faim […] tout ce que j'ai écrit d’autre – tout cela sans exception doit être brûlé et je te prie de le faire le plus tôt possible. » Mais la lettre ne fut jamais envoyée, ce qui laisse des doutes sur la véritable intention de Kafka. Nommé exécuteur testamentaire, Max Brod a retrouvé cette lettre dans les papiers de l’écrivain après sa mort et n’en a pas tenu compte. Il fait d’abord publier Le Procès en 1925 puis Le Château en 1926, nous permettant ainsi de découvrir l’une des œuvres les plus étranges et les plus commentées de la littérature européenne. C’est aussi le texte le plus long jamais écrit par Kafka, alors qu’il reste à l’état de fragment, comme Le Disparu (Amerika) et Le Procès. Kafka commence Le Château en janvier 1922 et s’arrête brusquement, en septembre de la même année, au milieu d’une phrase, ajoutant encore du mystère à cette œuvre.

Une quête sans fin

Tout commence sur le mode de la narration classique, qui n’est pas sans rappeler celle du conte : « Il était tard lorsque K. arriva. Le village était recouvert d’une épaisse couche de neige. » On ne sait pas qui est K. ni d’où il vient, on ne sait pas où se trouve ce village et on n’en apprendra pas plus au cours de ce récit. On sait seulement que K. est un arpenteur et qu’il arrive dans ce village pour répondre à la demande du maître du château dominant la bourgade, un certain comte Westwest, qui l’a fait venir pour un travail dont il ignore encore tout. Deux assistants doivent rejoindre K. le lendemain, avec le matériel nécessaire. Cherchant un lit pour dormir, K. entre dans l’auberge du village où, faute de chambre à louer, le patron lui propose de dormir sur une paillasse dans la grande salle où des paysans attablés sont en train de boire de la bière. Alors qu’il s’endort survient un homme qui le réveille et lui dit qu’il ne peut dormir ici sans l’autorisation du château. C’est le début d’une sorte de parcours du combattant fait de rencontres multiples qui occupent les six journées de ce récit organisé de façon chronologique. Le ton est distancié à la façon d’une narration objective, alors qu’un premier début était écrit à la première personne. Les longues parties dialoguées ne sont ponctuées d’aucun alinéa, donnant une apparence compacte à ce texte écrit dans un style dépouillé qui fait d’autant plus ressortir l’étrangeté des situations.

Plus les personnes que rencontre K. se montrent réservées à son égard, voire hostiles (« Chez nous l’hospitalité n’est pas d’usage, nous n’avons pas besoin d’invités », lui dit un villageois), plus son envie de rester dans ce village augmente pour rencontrer enfin ce comte retranché dans son château. Quand il fait des rencontres qui semblent pouvoir l’aider dans son projet, il doit vite déchanter. C’est le cas avec Frieda, une serveuse de l’autre auberge du village, qui devient son amante, une liaison d’autant plus intéressante à ses yeux qu’elle se dit la maîtresse de Klamm, un membre influent de l’administration du château. Mais Frieda quitte bientôt K. pour se mettre en ménage avec l’un de ses aides. Un autre jour, un certain Barnabas, qui se présente comme un messager du château, lui fait espérer de pouvoir y accéder, mais ce Barnabas se révèle n’avoir qu’un rôle très subalterne. Pire même : toute sa famille est tombée en disgrâce parce qu’une sœur a refusé un jour les avances d’un fonctionnaire du château. Bravant au début les autorités locales, se montrant même méprisant, K. s’enferme peu à peu dans l’obsession fragilisante d’être reconnu comme une personne par celui qui l’a fait venir et qui reste invisible. Certains ont relevé une relation sémantique entre le mot allemand signifiant arpenteur (Landvermesser) et le mot présomption (Vermessenheit). D’autres ont souligné le paradoxe entre le métier de K., qui détermine des limites, et la situation du monde d’après la Première Guerre mondiale, alors que les empires s’effondrent et que les frontières se modifient considérablement. D’autres encore ont considéré que l’impossibilité de K. de s’intégrer à la communauté villageoise et d’être reconnu par les autorités occupant le château correspondait à la situation des Juifs en Occident (le comte ne s’appelle-t-il pas Westwest ?), sans cesse ostracisés.

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Écrit par :

  • : traducteur, maître de conférences au département d'études allemandes de l'université de Strasbourg

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Pour citer l’article

Pierre DESHUSSES, « LE CHÂTEAU, Franz Kafka - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-chateau/