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LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) La langue

La langue latine, liée à une civilisation qui a tenu beaucoup de place dans l'histoire, mère des langues romanes, éducatrice de toutes celles de l'Europe, doit aussi être étudiée en elle-même, dans ses caractères spécifiques. Elle a fait de ce point de vue l'objet d'études nombreuses, mais qui se renouvellent sans cesse à mesure que la linguistique découvre d'autres méthodes et de nouveaux objectifs.

Le latin a cessé de vivre quand la société qui le maintenait en vie a été abattue, minée par le christianisme, submergée par les Barbares, victime peut-être aussi d'une certaine défaillance de l'imagination politique. Mais la naissance des langues modernes n'a pas scellé le latin dans sa tombe. Dans tous les pays d'Europe, ces langues se sont forgées dans leur affrontement avec lui : innombrables emprunts de mots ou calques sémantiques, effort pour instituer dans des structures linguistiques qui s'y prêtaient moins aisément la concision suggestive ou l'ampleur qu'on admirait dans le modèle antique. Il serait sans doute imprudent d'affirmer qu'aujourd'hui la connaissance du latin n'a plus rien à apporter à l'équilibre des langues européennes. À tout le moins, il peut aider à maintenir ouvertes, notamment pour le français, des voies présentement méconnues, mais où peut-être quelque penseur ou poète saura un jour s'avancer.

Situation du latin

Les premiers documents de quelque étendue (comédies de Plaute) datent seulement de la fin du iiie siècle avant J.-C. Des époques antérieures – et quoique les peuples de l'Italie centrale aient connu l'alphabet dès le viie siècle –, il ne reste que des inscriptions rarissimes, presque toujours extrêmement courtes, mutilées, aussi difficiles à interpréter qu'à dater avec précision.

Pourtant la langue manifeste dès les premiers textes une richesse de vocabulaire, une souplesse auxquelles les siècles suivants n'ajouteront rien d'essentiel. On ne peut douter que le latin de Plaute, héritier de toute une histoire, se soit formé dans l'usage quotidien d'une société depuis longtemps policée, avec des classes dirigeantes très largement ouvertes aux courants de la civilisation contemporaine (grecque, étrusque, phénicienne peut-être) et un peuple que les luttes politiques avaient entraîné de longue date à la pratique du discours et de la discussion.

De Plaute à saint Augustin († 430), le latin, comme édifice linguistique, reste substantiellement immuable et à peu près homogène. Les textes, toujours très nombreux, deviennent ensuite de plus en plus divers ; ils paraissent témoigner d'efforts inégalement réussis pour rejoindre une latinité idéale qui se dérobe. Un peu plus tard, un nombre sans cesse croissant de ceux qui continuent à user du latin se reprend à écrire avec beaucoup de correction, mais c'est un latin appris à l'école dans la fréquentation des grands auteurs. Le latin parlé se continue sous des formes dont les usagers prennent progressivement conscience qu'elles ne sont plus le latin. Alors les évolutions en cours s'accélèrent ; des réaménagements internes aboutissent à des structures nouvelles : vers le xie siècle, les langues romanes existent, à côté d'un latin savant qui rend les services d'une langue internationale et d'une langue de culture.

Avant de s'étendre de l'Euphrate à l'Irlande, de la mer du Nord au Sahara, l'expansion du latin avait commencé en Italie même. De suffisantes trouvailles épigraphiques attestent qu'au iie et au ier siècle avant J.-C. les plus proches voisins de Rome ont eu, eux aussi, à apprendre le latin, qu'ils ne parlaient pas d'origine. Ce latin qui s'est répandu si largement est en principe la langue du Latium, petit canton de l'Italie centrale ; il pourra connaître[...]

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Écrit par

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à la Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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