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NORÉN LARS (1944-2021)

Lars Norén

Lars Norén

Alors qu’il a moins de vingt ans, Lars Norén, né le 9 avril 1944 à Stockholm de parents hôteliers, amorce une vocation littéraire qui s’exprime d’abord dans un registre poétique avec la publication en 1963 de Syrener, snö (« Lilas, neige »), recueil d’inspiration surréaliste. Interné à la suite d’une crise de schizophrénie après la mort de sa mère, il n’en continue pas moins à écrire et publie, dès sa convalescence, Encyklopedi (1966), puis Stupor(1968), qui se caractérisent par une écriture violente et éclatée et amorcent sa notoriété. Les recueils de poésie se succéderont régulièrement jusqu’en 1980, année où il publie Le Cœur dans le cœur. Il écrit également deux romans, situés dans la capitale suédoise, qui racontent une jeunesse marginale placée sous une surveillance permanente : Les Apiculteurs (1970) dont les protagonistes vivent de petits larcins et Au ciel souterrain (1972), où l’homosexualité croise la prostitution.

Fractures et blessures

À partir de 1973, Lars Norén se consacre au théâtre et débute au Dramaten de Stockholm, théâtre royal de Suède, avec Fursteslickaren(Le Lécheur de souverain), pièce d’inspiration historique située au cœur du Moyen Âge allemand et italien du xve siècle. Après de nombreuses pièces radiophoniques, qui élargissent son audience, il retrouve la scène en 1980 avec Oreste et La Force de tuer, qui connaissent un succès immédiat. Suit une trilogie, issue pour l’essentiel d’expériences autobiographiques, La Nuit est mère du jour (1982), Le Chaos est voisin de Dieu (1983), Calme (1984), dont l’écriture réaliste évoque des relations, fractures et blessures familiales souvent dramatiques. Une veine prolongée par des huis clos en milieu bourgeois avec des personnages psychologiquement fragiles, notamment Automne et hiver (1987) et Bobby Fischer vità Pasadena (1988). De 1989 à 1995, Lars Norén écrit une douzaine d’œuvres dramatiques réunies sous l’appellation « Les pièces de la mort ». C’est si simple l’amour, Kliniken, Les feuilles tombent sur Vallombrosa, Sang, entre autres, sont autant de constats des dérives d’une société suédoise et européenne libérale qui a perdu ses fonctions sociales et citoyennes.Durant cette période, à la demande du Dramaten, il met en scène en 1992 La Danse de mort d’August Strindberg. Une première expérience qu’il renouvellera au fil du temps sur les scènes internationales.

En 1998, Lars Norén engage une nouvelle trilogie, « Morire di classe », avec Catégorie 3.1. Le titre de la pièce renvoie à l’appellation administrative attribuée aux marginaux et SDF qui peuplent le quartier Sergels torg à Stockholm. Cette fresque sociale sera également représentée au Parlement suédois et filmée pour la télévision, provoquant un choc et de nombreuses polémiques dans tout le pays. À propos de cette œuvre, Lars Norén confie : « On doit emmener le public à un point où il n’y a plus de défense ; ainsi on peut vraiment le toucher, entrer en contact avec lui, le frapper. » Viendront ensuite Les Garçons de l’ombre (1999) – évocation du milieu carcéral de haute sécurité – et À la mémoire d’Anna Politkovskaïa (2007), dédié à la journaliste russe assassinée en 2006 à Moscou à la suite de ses révélations sur le conflit en Tchétchénie. Une « pièce courte et terrible, la pire que j’ai écrite. Totalement noire et drôle », dira-t-il de cette création – située dans un après-guerre vécu par des survivants dans un pays déshumanisé – qui constitue une étape marquante dans son œuvre dramatique.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Lars Norén

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Autres références

  • DRAME - Les écritures contemporaines

    • Écrit par Jean-Pierre SARRAZAC
    • 6 535 mots
    • 2 médias
    Dans les pièces du Norvégien Jon Fosse (Un jour en été, 1994 ; Rêve d'automne, 1999), comme dans celles de son collèguesuédois Lars Norén (La Force de tuer, 1980 ; Sang, 1995), ce sont les relations les plus intimes au sein du couple et/ou de la famille qui sont exposées dans toute leur...
  • SUÈDE

    • Écrit par Régis BOYER, Michel CABOURET, Maurice CARREZ, Georges CHABOT, Universalis, Jean-Claude MAITROT, Jean-Pierre MOUSSON-LESTANG, Lucien MUSSET, Claude NORDMANN, Jean PARENT
    • 35 770 mots
    • 19 médias
    ...littérature suédoise sans faire droit à un étrange parallèle avec les lettres norvégiennes, qui sont dominées par le dramaturge Jon Fosse. Ici, il s'agit de Lars Norén (1944-2021), littéralement obsédé par la figure de Strindberg, le grand ancêtre, et qui, consciemment ou non, a tenté de refaire l'œuvre du...

Voir aussi