LA VILLA (R. Guédiguian)

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Un regain d’espérance

Ce film de la maturité pourrait apparaître comme une œuvre testamentaire. Fort heureusement, le cinéaste dépasse ce stade en puisant dans une vitalité tragiquement fortuite, qui va nourrir une nouvelle générosité ouverte sur l’Orient. Après l’Arménie, c’est le Kurdistan qui manifeste sa présence à travers la présence de trois jeunes migrants, une sœur et deux frères, rescapés d’un naufrage. Ils seront bientôt recueillis par le trio fraternel d’Angèle, Armand et Joseph. Cet effet de miroir succède au sentiment d’épuisement du discours sociétal, lié au délitement de la génération des aînés : maladie du père, disparition de Suzanne et Martin, rupture annoncée de Bérangère avec Joseph, autant de moments qui marquent la fin d’un dialogue possible. Quant à la liaison d’Angèle et Benjamin, elle demeure de l’ordre de l’illusion théâtrale et ne donne pas plus de certitude quant à une cohésion retrouvée. C’est donc le geste qui va redonner vie à la petite communauté de la calanque : les branches d’un abri de fortune qu’on défait pour éviter les soupçons de l’autorité militaire, les mains de deux enfants frigorifiés qu’il faut dénouer puis resserrer pour mieux les rhabiller, et bien sûr la cuisine d’Armand pour nourrir tout ce petit monde, habitude professionnelle qui retrouve ici un nouveau sens familial.

Cette recherche de l’équilibre intervient aussi dans la forme. La lumière perlée du directeur de la photographie Pierre Milon pose sur le paysage sa douceur maritime, autant de jour que de nuit. On ressent cette humidité hivernale transparente qui fait scintiller le soleil et la lune sur les objets. L’ouverture du champ narratif peut alors s’intéresser au vécu des personnages, dans l’alternance lumineuse des scènes diurnes et nocturnes qui offrent la même densité dramatique. Les flash-back montrant la mort de la fille d’Angèle, le Noël dans la liesse villageoise, avec sa lumière de fable, la virée éclatante de Ki lo sa ? n’apparaissent pas comme des moments nostalgiques, mais bien comme des interventions fantomatiques, les possibilités d’un éternel retour qui distille l’espoir qu’un souvenir pourra se réincarner dans le présent. Les trois enfants kurdes consolent du deuil et de la culpabilité que nourrissait la disparition de la fille d’Angèle. À leur tour, les trois jeunes réfugiés crient le nom du frère qu’ils ont perdu pour entendre son écho sous le viaduc où ils se promènent. Ce retour du même sentiment de perte, partagé entre la fratrie adulte et enfantine, sonne comme une promesse d’avenir.

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Écrit par :

  • : critique de cinéma, membre du comité de rédaction de la revue Positif

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Pour citer l’article

Pierre EISENREICH, « LA VILLA (R. Guédiguian) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/la-villa/