Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

LA NUIT DES ROIS, William Shakespeare Fiche de lecture

Cette comédie majeure de William Shakespeare (1564-1616), publiée pour la première fois en 1623, fut sans doute écrite pour être jouée à l'Épiphanie de 1601. Moment où le temps païen reprend le pas sur le temps chrétien, la « Douzième Nuit », pour reprendre le titre original de la pièce (Twelfth Night or What you Will) était, dans le calendrier élisabéthain, la dernière nuit des fêtes de Noël, traditionnellement allouée aux travestissements et aux jeux puis au théâtre. La Nuit des rois appartient, avec La Comédie des erreurs et Comme il vous plaira, à la catégorie des comédies dites « romantiques » de Shakespeare. La pièce se caractérise par l'élagage spectaculaire de l'environnement sociopolitique, au profit d'une intrigue amoureuse. Il s'agit d'une œuvre joyeuse, où la musique joue un grand rôle, mais dont la tonalité s'avère cependant ambivalente lorsque, à l'orée de l'acte V, l'atmosphère festive cède la place à une note plus sombre : le jeu des désirs amoureux et les excès de la farce menacent en effet de provoquer un déchaînement de violence. Il faudra que l'excès soit purgé pour que l'harmonie sociale puisse être rétablie.

Une comédie des erreurs

Shakespeare reprend à son compte plusieurs sources italiennes et anglaises, mais, à son habitude, pour les transformer de manière radicale. Ainsi ses sources du xvie siècle (Bandello notamment) comprennent toutes les éléments stéréotypés d'une intrigue comique marquée par l'influence de Plaute : un amant malheureux, une héroïne déguisée en page qui tombe amoureuse du premier, son frère jumeau, une seconde héroïne, amoureuse du jeune page – qui est amené à jouer les intermédiaires entre son maître et la belle –, un naufrage, des confusions d'identités... Mais si Shakespeare semble accepter ces conventions, c'est pour mieux les transformer, en insufflant à ses personnages une vérité psychologique absente des modèles. Viola, notamment, véritable pivot de la pièce, devient l'un de ces personnages féminins inoubliables dont Shakespeare a le secret. Image du deuil inconsolable lorsqu'elle croit perdre son frère jumeau Sébastien dans un naufrage au début de la pièce, elle incarne ensuite l'amour véritable et adulte face aux errements des autres personnages, et en particulier ceux de l'homme qu'elle aime, le duc Orsino, dont la mélancolie pétrarquisante donne à la pièce une tonalité lyrique – mais aussi quelque peu comique – dès la première scène : « Si la musique est nourriture d'amour, joue encore,/ Donne-m'en à l'excès afin que, rassasié,/ Mon appétit languisse et meure./ Encore cette mélodie, elle avait une cadence mourante... »

Tous les amants – Orsino, la comtesse Olivia amoureuse d'une illusion (Viola qui s'est travestie en page et a pris le nom de Cesario pour entrer au service d'Orsino), Sir Andrew Aguecheek le fat coureur de dot, ou Malvolio, l'intendant puritain amoureux de sa maîtresse – sont en effet caractérisés par une forme de folie amoureuse qui relève de l'aveuglement sur soi et sur le monde.

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : agrégée d'anglais, ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, maître de conférences à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • SHAKESPEARE WILLIAM

    • Écrit par Henri FLUCHÈRE
    • 8 303 mots
    • 3 médias
    Ce n'est pas que l'amour romanesque soit mis en accusation dans ces comédies de la belle période, de Peines d'amour perdues (Love’sLabour’sLost, 1594-1597) à La Nuit des rois(Twelfth Night, 1600), car l'ironie qui tempère ses extravagances n'est ni mordante ni sarcastique, elle...

Voir aussi