LA LÉGITIMITÉ DES TEMPS MODERNES (H. Blumenberg)

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Trente-trois ans après sa première édition allemande (onze ans seulement après la deuxième, sur laquelle a été faite la traduction française), l'ouvrage majeur de Hans Blumenberg, La Légitimité des Temps modernes (traduit de l'allemand par M. Sagnol, J.-L. Schlgel et D. Trierweiller, avec la collaboration de M. Dautrey, Gallimard, Paris, 1999), paraissait en France à son heure. En effet, si un historien de la philosophie, Henri Gouhier, a pu dater du succès du bergsonisme « la fin de l'ère cartésienne », c'est pourtant, grosso modo, pendant que le livre de Blumenberg faisait sa carrière en Allemagne et dans le monde anglo-saxon que, en France, l'ère ouverte par Descartes s'est vraiment refermée et que les philosophies de l'Antiquité et du Moyen Âge ont achevé d'être réintégrées dans le champ des intérêts philosophiques contemporains.

Cette actualité retrouvée de la pensée antique et médiévale a eu naturellement pour conséquence immédiate de relativiser la notion même de modernité : qu'est-ce qu'être moderne, dès lors que l'espace logique des dialogues de Platon est le même que celui des articles de Frege, que le débat relancé par les sciences cognitives en théorie de la connaissance peut être rapporté à la définition de la science donnée par Théétète dans l'œuvre de Platon, et que les développements de la philosophie du langage ramènent sous les feux de la rampe sophistes, stoïciens et scolastiques ?

Cette sorte de péremption de l'idée de modernité, chose inouïe dans la philosophie française depuis trois siècles, rend peut-être la conjoncture favorable à la réception d'un ouvrage dont on comprend vite qu'il n'ait pas plus tôt trouvé audience dans notre pays. Car les questions dont il procède, les thèses contre lesquelles il s'élève, participent d'un débat qui ne pouvait avoir lieu que dans une aire où n'a précisément pas eu lieu la rupture cartésienne [...]


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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur de l'unité propre de recherche Histoire des doctrines de la fin de l'Antiquité et du haut Moyen Âge

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Pour citer l’article

Michel NARCY, « LA LÉGITIMITÉ DES TEMPS MODERNES (H. Blumenberg) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/la-legitimite-des-temps-modernes/