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L'INQUISITOIRE, Robert Pinget Fiche de lecture

Robert Pinget (1919-1997) écrit L'Inquisitoire le temps d'un été, en se privant de sommeil, à la suite d'un pari avec Jérôme Lindon, son éditeur : produire un texte de 500 pages en quelques mois. Ce roman, qui obtient le prix des critiques en 1963, est une de ses œuvres majeures.

Une inquisition labyrinthique

Un inquisiteur dont on ne connaît ni l'identité ni les intentions interroge sur sa vie privée, et surtout sur son service passé au château de Broy, un vieux domestique qui se prétend sourd. Le lecteur ignore l'objet du procès-verbal, dont le prétexte semble être la disparition d'un secrétaire : qui est accusé ? et de quel crime ?

Le vieil homme raconte son travail, ses rapports avec Marthe, la cuisinière, dont la bible est un livre de physiognomonie criminelle. Il décrit en détail les lieux du « crime » et leurs environs (des bois et des souterrains labyrinthiques entourent le château), les habitudes de ses maîtres, Monsieur Louis et Monsieur Jean, et leurs fréquentations louches mêlées à diverses « affaires ».

L'interrogatoire est organisé selon un jeu de questions-réponses d'allure théâtrale, et sa réussite tient à l'utilisation de modalités tonales et narratives très diverses. Aux questions sarcastiques ou menaçantes, rythmées par des « poursuivez », « abrégez », l'interrogé refuse parfois de répondre. Souvent, il affirme n'avoir pas pu tout saisir en raison de sa surdité, quand il ne se lance pas dans de longues digressions dilatoires. Volontairement ou non, il occulte des éléments, et attend la fin du roman pour évoquer l'existence de Monsieur Pierre (qui loge dans le donjon). Son discours n'est exempt ni de radotage, ni d'affabulation, ni d'incohérences, ni de contradictions, tout en laissant planer un soupçon généralisé.

Le roman s'achève toutefois sans que rien de cette « ténébreuse affaire » ait été élucidé. Seule se fait jour l'inanité de l'inquisition en cours. Dépourvu de progression véritable, le récit s'interrompt par défaut, comme si rien ne s'était passé entre son début (« Oui ou non répondez/ Oui ou non oui ou non moi pour ce que j'en sais vous savez, je veux dire je n'étais qu'à leur service ») et sa fin (« Je ne sais plus/ Répondez/ ... / Oui ou non répondez/ Je suis fatigué. »).

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Écrit par

  • : agrégée de lettres, docteure ès lettres, conservatrice à la Bibliothèque nationale de France

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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