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L'IMMORALISTE, André Gide Fiche de lecture

André Gide

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Bien qu'âgé de quarante-trois ans, André Gide (1869-1951) est encore peu connu en dehors des milieux littéraires lorsqu’il publie son récit L’Immoraliste (1902). Les Nourritures terrestres(1897) sont passées relativement inaperçues et ne deviendront le bréviaire d’une génération qu'une vingtaine d'années plus tard. Au terme d'une lente gestation de plus de deux ans, L'Immoraliste paraît en mai 1902 au Mercure de France dans une édition limitée à 300 exemplaires. Dans son entourage, les avis sont partagés mais, à l'exception de quelques rejets farouches, l'accueil est globalement positif, les lecteurs se révélant peu choqués par le caractère scabreux du sujet, ou en percevant bien la dimension critique. Le livre n'en valut pas moins à Gide, au prix d'un malentendu ou d'un contresens, une réputation d'immoraliste qui n'était pas forcément pour lui déplaire.

Histoire d'une métamorphose

Le livre s’ouvre sur un préambule dans lequel le narrateur écrit à son frère, président du Conseil, pour lui demander de trouver un poste à un ami, Michel. Celui-ci lui a fait, ainsi qu’à deux autres camarades, un long récit « affreux », qu’il entreprend de rapporter.

Ce récit commence par le mariage de Michel avec Marceline, une amie d’enfance pour laquelle il éprouve, faute d’amour, une grande tendresse, et qu’il épouse pour faire plaisir à son père mourant. Après le décès de sa mère, femme pieuse, protestante et austère, lorsqu’il avait quinze ans, c’est son père, athée, qui s’est occupé de lui. À ses côtés, il s’est consacré à l’étude, est entré à l'école des Chartes, et est devenu très jeune un érudit réputé, spécialiste des civilisations antiques.

Après son mariage, le couple part en voyage de noces en Afrique du Nord. En Tunisie, Michel tombe gravement malade. Il pense mourir mais, grâce aux soins prodigués par Marceline, il survit. Suit une longue convalescence, qui se poursuit à Biskra, en Algérie. Un jour, pour le distraire, Marceline lui amène un jeune Arabe prénommé Bachir dont elle a fait la connaissance et envers lequel Michel éprouve aussitôt une irrésistible attirance. L’expérience de la maladie a déclenché chez lui un puissant appétit de vivre, accompagné d’une attention toute nouvelle à son corps, et à des sensations – de plaisir comme de déplaisir – jusque là ignorées. Marceline et Michel font la connaissance d’autres enfants. Un jour, Michel surprend l’un d’eux, Moktir, à voler des ciseaux. Il ne dit rien.

Au bout de quelques mois, le couple quitte Biskra pour un long voyage de retour, en passant par Malte, la Sicile, l’Italie… Devant les vestiges antiques, Michel, guéri, peine à retrouver sa passion ancienne. Il se rase, laisse pousser ses cheveux. Pour la première fois, il a une relation charnelle, avec sa femme. Rentré en France, le couple s’installe en Normandie, dans une propriété appartenant à la mère de Michel, la Morinière,

Là, Marceline annonce qu’elle est enceinte. Michel, qui a obtenu une chaire au Collège de France, revient à ses travaux. Le vieux garde, Bocage, lui présente son jeune fils, Charles, avec lequel il se lie. Il prend plaisir à diriger lui-même les récoltes et à gérer l’exploitation. L’hiver venu, le couple retourne à Paris, où Michel retrouve, sans désir ni plaisir, une vie sociale, voire mondaine, à laquelle il se sent étranger.

À l'issue de son premier cours, il revoit une vieille connaissance, Ménalque, un dandy jouisseur et cynique qui engage Michel à « être lui-même », sans souci des conventions. Tous deux prévoient de se revoir avant le départ de Ménalque pour l’étranger. Marceline tombe brutalement malade, ce qui n’empêche pas Michel de se rendre comme prévu à l’hôtel de son ami, où tous deux passent la nuit à discuter. La philosophie[...]

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

André Gide

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Autres références

  • GIDE ANDRÉ (1869-1951)

    • Écrit par Éric MARTY
    • 3 662 mots
    • 2 médias
    Maurice Barrès, chantre du nationalisme : « Né à Paris, d'un père uzétien et d'une mère normande, où voulez-vous, monsieur Barrès, que je m'enracine ? J'ai donc pris le parti de voyager. » On retrouve là l'idée d'une origine marquée par la division et le dédoublement, mais, surtout, contre l'enracinement...

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