L'APPRENTI, Raymond GuérinFiche de lecture

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L'Apprenti s'inscrit directement dans le sillage de Mort à crédit de Louis-Ferdinand Céline, dont il partage la même thématique de l'initiation. Mais là où Céline met en scène un narrateur pleinement acteur du récit, entraînant le lecteur dans une épopée truculente, Guérin fait de Monsieur Hermès l'observateur d'un univers et d'une expérience humaine qui lui sont imposés et auxquels il se sent étranger. Si le roman est bien réaliste, et même « hyperréaliste », le réel qu'il décrit est agencé du strict point de vue du héros qui, au fur et à mesure qu'il prend conscience de son statut de déclassé, voire de paria, règle des comptes avec sa vie.

Livre violent, féroce, mais aussi d'une irrésistible drôlerie, L'Apprenti, s'il présente, dans son évocation du Paris des années 1920 et des petites gens des faubourgs, des aspects populistes qui l'apparentent aux récits d'un Eugène Dabit, est avant tout une entreprise de démolition des apparences sociales, dont le palace où travaille le héros est le théâtre symbolique. Sur le devant de la scène, le luxe et son cérémonial : nappes immaculées, serviettes en bonnets d'archevêque, personnels en livrée. En coulisses, l'eau graisseuse de la plonge, la sueur des pieds et toutes les abjections. Même hiatus chez les clients impeccables et guindés le jour et qui, la nuit, se débondent dans des débauches dont Monsieur Hermès établit la minutieuse nomenclature.

Celui-ci ne se contente pas en effet de dévoiler l'envers des réalités, il en établit le procès-verbal sans reculer devant les détails les plus sordides. Dans ces quatre cents pages serrées qui relatent à peine un an de sa vie, il prend le parti de tout dire sans la moindre retenue – les chaussettes sales, les écoulements, les saletés glissées dans l'assiette des clients –, comme si seule une confession totale pouvait permettre d'exorciser une expérience, où « on pataugeait à tout jamais dans une sorte de néant ». En cela, il [...]

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Écrit par :

  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

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«  L'APPRENTI, Raymond Guérin  » est également traité dans :

GUÉRIN RAYMOND (1905-1955)

  • Écrit par 
  • Michel P. SCHMITT
  •  • 501 mots

C'est au début des années 1980 qu'on redécouvre Raymond Guérin, tombé dans l'oubli depuis sa mort, en 1955. Les éditions Le Tout sur le tout, la revue Grandes Largeurs , Gallimard s'y emploient plus particulièrement. La vie de Guérin n'a rien d'exceptionnel. À la fin des années 1920, il fonde La Revue libre , noue des amitiés littéraires avec J. Grenier, J. Paulhan, H. Miller, Malaparte. Sa place […] Lire la suite

Pour citer l’article

Philippe DULAC, « L'APPRENTI, Raymond Guérin - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 juin 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-apprenti/