Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

ECKARTSHAUSEN KARL VON (1752-1803)

Conseiller aulique en 1776, membre de l'Académie de Bavière en 1777, archiviste secret en 1784, Karl von Eckartshausen a peu voyagé. Le nombre de ses ouvrages et opuscules divers dépasse la centaine ; sa correspondance est aussi intéressante que volumineuse ; il a écrit plusieurs ouvrages de droit, de chimie, ainsi que des « feuilles » de littérature édifiante et larmoyante. Cependant il apparaît d'abord comme un théosophe, surtout à partir de 1788. En politique, c'est un théocrate, un ami des Jésuites, un ennemi farouche des Illuminés de Bavière (la secte révolutionnaire de Weishaupt), auxquels il s'est affilié dans sa jeunesse comme par mégarde, n'en soupçonnant pas les buts réels (cf. A. Faivre, Eckartshausen et la théosophie chrétienne, 1969). Par sa science des nombres, il veut résoudre l'opposition kantienne entre le noumène et le phénomène, réaliser la synthèse de toutes les connaissances. Kabbaliste, il se nourrit aux sources les plus traditionnelles des kabbales chrétienne et juive. On traduit encore ses ouvrages dans la seconde moitié du xxe siècle, surtout l'un de ses chefs-d'œuvre, La Nuée sur le sanctuaire (1802), qui n'a cessé de connaître de nouvelles rééditions. Dans la plupart de ses livres, de 1788 à 1803, Eckartshausen développe ses intuitions fondamentales en matière de cosmogonie et d'anthropologie (chutes, androgynat, réintégration) ou touchant l'Église intérieure — dont il se fait, bien que catholique, l'un des chantres les plus éloquents —, le magnétisme animal, l'eschatologie millénariste fondée sur l'arithmosophie (Zahlenlehre der Natur, 1794).

Eckartshausen, qui avant de mourir connaîtra Baader, est l'ami très cher de Sailer (l'ex-jésuite qui devait devenir évêque de Ratisbonne), de Conrad Schmid (l'ami des Erweckten), de Thun (le magicien ami de Lavater), de Jung-Stilling, de Kirchberger ; il correspond aussi avec Herder, Nicolai, avec les Russes Lopouchine et Plechtchéieff, qui répandent ses ouvrages en Russie. Alexandre Ier lit ces livres et considère qu'ils comptent parmi les plus importants, au même titre que ceux de Fénelon, de Mme Guyon, de Jung-Stilling, de Saint-Martin. Novalis est très proche d'Eckartshausen et l'on retrouve son influence sur Eliphas Levi, sur Aleister Crowley, sur Papus et sur bien d'autres auteurs « traditionnels ».

— Antoine FAIVRE

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section), professeur à l'université de Bordeaux-III

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )