BLOSSFELDT KARL (1865-1932)

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Un herbier photographique

La macrophotographie permettait à Blossfeldt de réaliser des photos à l'échelle 1/1 dont il reprenait certains détails qu'il agrandissait jusqu'à cinq ou six fois. Il employait de façon systématique des formats de négatif de 6 × 9, 9 × 12 et 15 × 18. Quant à la prise de vue, effectuée dans une douce lumière du jour, elle est toujours soit frontale, soit en plongée. Blossfeldt s'en tiendra à ce dispositif simple destiné à capter des formes simples et ne sera jamais tenté d'explorer d'autres ressources du médium photographique. Il fera en revanche porter toute son attention sur le choix des plantes qu'il sélectionnera avec la plus grande méticulosité, éliminant les fleurs cultivées et passant tous ses loisirs à herboriser aux alentours de Berlin. Comme un botaniste et conformément à la tradition de l'herbier, Blossfeldt identifie et nomme ses clichés par les noms latins de la flore photographiée. On voit bien, à observer ces fragments de plante photographiés sur fond neutre, que les minarets ont été à l'évidence inspirés par le Picea excelsa et que nos portemanteaux sont une aimable imitation de l'Impatiens glanduligera. Walter Benjamin y voyait de véritables photographies d'architecture « ...sous la prêle, la forme des colonnes antiques, sous la fougère, la crosse épiscopale, derrière des pousses de marronnier ou d'érable grossies dix fois, des totems, sous le chardon, un tympan gothique » (Petite Histoire de la photographie, 1931). Mais de cela Blossfeldt ne dit pas un mot, car c'est un silencieux. Benjamin écrivait qu'il fallait « honorer le silence du chercheur qui propose ici ces images. Peut-être, ajoutait-il, son savoir est-il de ceux qui rendent muet celui qui le possède. » On ne saurait à la fois donner la parole et la prendre.

Blossfeldt ouvre le livre du monde pour le tendre à ses lecteurs. Ce n'est pas sans signification qu'il ait accordé sa préférence au livre et qu'il fut si peu tenté par l'exposition. Il n'en eut que quatre de son vivant (dont la première à la galerie Neirondorf de Berlin en 1926) et sa réticence lui a survécu puisque c'est seulement en 1974, plus de quarante ans après sa mort, qu'une exposition lui a été consacrée à la Rotterdam Arts Foundation. En 1930, Blossfeldt prend sa retraite pour pouvoir se consacrer à d'autres projets de livres, mais il n'en aura pas le temps. Il meurt le 3 décembre 1932, laissant derrière lui des milliers de clichés.

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Jean-François POIRIER, « BLOSSFELDT KARL - (1865-1932) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/karl-blossfeldt/