SHKLOVSKY JOSEF SAMUELOVITCH (1916-1985)

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Né en Ukraine en 1916, Josef Shklovsky meurt à Moscou en mars 1985.

Shklovsky n'était pas homme à construire une œuvre monumentale en consacrant toute sa vie scientifique à un sujet particulier. En revanche, il n'y a guère de domaines de l'astrophysique théorique auxquels il n'ait apporté sa contribution. Il excellait à faire le rapprochement entre des observations en apparence sans relation, à proposer des modèles d'une élégante simplicité, à suggérer des mécanismes originaux, parfois avec une telle avance que certaines de ses idées ont attendu des années une confirmation expérimentale. Ce n'est pas par pure coïncidence que cet esprit brillant et non conformiste, à l'affût des dernières découvertes, se soit épanoui au moment où la détente Est-Ouest permettait une plus large circulation des hommes et des idées entre son pays et la communauté scientifique occidentale.

Ses premiers travaux portent sur la couronne solaire, pour laquelle il propose un modèle d'ionisation. Il explique également par des oscillations du plasma coronal certains des sursauts d'émission qu'observe alors la toute jeune radioastronomie. Le rayonnement non thermique sera l'un de ses sujets de prédilection. Il est le premier à suggérer que l'émission des radiogalaxies est due aux électrons relativistes en mouvement dans un champ magnétique, par effet synchrotron, hypothèse totalement vérifiée, et qui s'applique aussi aux quasars. Il étend ensuite la même explication au rayonnement radio de la nébuleuse du Crabe, résidu de la supernova de 1054. La détection ultérieure de la polarisation linéaire de ce rayonnement (ce qui exige que le milieu émissif soit anisotrope) confirme son hypothèse. Il suggère que la distribution des électrons s'étend à des énergies suffisamment élevées pour expliquer aussi le rayonnement en lumière visible, et même pour produire des rayons X, ce qui sera également vérifié par la suite. Il identifie la puissante radiosource Cassiopeia A comme un autre reste de supernova et prédit la décroissance de son flux. Enfin, il voit dans les explosions de supernovae la source principale des rayons cosmiques dans les galaxies. Toujours dans ce domaine des rayonnements non thermiques, il propose dès la découverte des sources galactiques de rayons X le modèle faisant appel à un échange de masse dans un système stellaire binaire.

Ses contributions à l'astrophysique du milieu interstellaire sont également importantes. Lors de la découverte du fond cosmologique à 3 kelvins par Arno A. Penzias et Robert W. Wilson en 1965, il montre que ce rayonnement explique les observations du radical CN interstellaire, qui dataient des années 1940. Surtout, il attire l'attention, comme Hendrick Christoffel van de Hulst, mais indépendamment, sur l'émission de l'hydrogène neutre à la longueur d'onde de 21 centimètres ; cette émission sera observée deux ans plus tard, en 1951. Il prédit par la même occasion les raies spectrales du deutérium, et des radicaux OH et CH. On sait toute l'importance qu'a prise l'étude des raies moléculaires du milieu interstellaire.

Dès le début des années 1960, Shklovsky fait partie de la poignée d'astronomes qui commencent à s'intéresser aux possibilités de vie extraterrestre et de contacts avec d'éventuelles civilisations. À l'approche pragmatique de ses collègues des États-Unis, il oppose une attitude romantique et visionnaire du sujet : il n'hésite pas à imaginer des supercivilisations à l'échelle d'un système planétaire, voire d'une galaxie. Ce qui conduit à la première (fausse) alerte en 1965 : le spectre et les variations de flux de la radiosource CTA 102 correspondaient aux émissions prévues par Shklovsky et ses élèves pour une supercivilisation galactique... Il s'agissait en fait des premières observations de la variabilité des quasars.

Josef Shklovsky a su former toute une génération de jeunes et brillants astrophysiciens, par l'enseignement qu'il donnait à l'université de Moscou et à l'Institut Shternberg, dont il a dirigé à partir de 1953 le département de radioastronomie. En 1972, il rejoint avec une grande partie de son équipe l'Institut de recherches spatiales de Moscou. Il a publié, outre ses travaux personnels, plusieurs ouvrages importants, dont un traité de [...]

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François BIRAUD, « SHKLOVSKY JOSEF SAMUELOVITCH - (1916-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/josef-samuelovitch-shklovsky/