AZNAR LÓPEZ JOSÉ MARÍA (1953- )

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Président du Parti populaire de 1990 à 2007 et chef du gouvernement espagnol de 1996 à 2004.

Né à Madrid, Aznar fait ses études secondaires à El Pilar, un établissement qui accueille les enfants de la bonne bourgeoisie madrilène, puis entreprend des études de droit, qu'il continue jusqu'à la licence. Il devient inspecteur des finances à l'âge de vingt-trois ans et commence sa carrière dans la province de la Rioja.

Fils et petit-fils de journalistes ayant exercé d'importantes fonctions sous le franquisme (son grand-père fut directeur du journal La Vanguardia et ambassadeur au Maroc, et son père directeur de la radio nationale), il reste fidèle à la tradition familiale en adhérant en janvier 1979 à l'Alliance populaire (A.P.), que préside l'ancien ministre franquiste Manuel Fraga. Il est élu en octobre de la même année secrétaire général de l'A.P. de la Rioja. Aux élections législatives d'octobre 1982, Aznar est élu député de la province d'Avila, où son parti obtient la majorité des suffrages devant celui de l'ancien président du gouvernement Adolfo Suárez. En juin 1987, il conduit la liste de l'A.P. aux élections régionales en Castille et León et devient président de cette communauté autonome.

Malgré ces succès castillans, l'A.P. pâtit de son image de parti de la droite néo-franquiste et subit une série d'échecs électoraux qui contraignent Manuel Fraga à en abandonner la présidence le 1er décembre 1986. Celui-ci sort cependant de sa retraite lors du IXe congrès de janvier 1989, au cours duquel le parti prend le nom de Partido popular (Parti populaire, P.P.), et ébauche une stratégie de recentrage que José María Aznar reprendra à son compte. Ce dernier est en effet élu président lors du congrès que le parti tient en avril 1990 sur le thème « centrés dans la liberté ». Conscient que la victoire passe par la reconquête de l'électorat centriste que le Parti socialiste a su capter, Aznar s'emploie à faire passer dans l'opinion un message de modération, qui tranche avec les prises de position antérieures de la droite. Il renonce à inscrire au programme du parti des questions telles que la révision du système des autonomies ou le rétablissement de la peine de mort et évite des prises de position polémiques sur des sujets de société sensibles. Ce changement de discours s'accompagne de la promotion d'une nouvelle génération de dirigeants qui, comme lui-même, sont entrés en politique après la mort de Franco, ce qui les exonère des critiques dont faisait l'objet le passé franquiste de Fraga et des autres cofondateurs de l'A.P.

Aznar peine cependant à convaincre l'opinion de la sincérité du virage centriste pris par le Partido popular. Avec 34,8 p. 100 des voix aux élections de juin 1993, le P.P. dépasse certes largement le plafond des 26 p. 100 auquel semblait condamnée l'A.P. dans les années 1980, mais ne parvient pas à ravir la majorité à des socialistes pourtant fragilisés par une situation économique difficile et une succession de scandales impliquant des responsables du parti et de l'administration. Victorieux aux élections de mars 1996 avec 38,8 p. 100 des voix, le P.P. doit cependant se contenter d'une majorité relative qui le met dans la situation embarrassante – compte tenu de ses prises de position antérieures – de devoir solliciter le soutien parlementaire des nationalistes basques et catalans, auxquels il consent d'importants transferts de compétences. Aznar en tire cependant argument pour illustrer sa volonté de normaliser les relations de la droite espagnole avec les nationalismes modérés. Une fois installé au gouvernement, il applique une politique libérale, symbolisée par la privatisation d'un grand nombre d'entreprises ; cette politique, conjuguée à la reprise de l'économie internationale, permet à l'Espagne de satisfaire aux critères de convergence imposés pour la participation à la monnaie unique européenne. Il ne néglige pas pour autant le dialogue social et signe avec les syndicats et le patronat d'importants accords sur le maintien du système des retraites et la restructuration du marché de l'emploi. Profitant du dynamisme retrouvé de l'économie espagnole, qui crée en quatre ans près de deux millions d'emplois, le P.P. remporte les élections de mars 2000 avec 44,5 p. 100 des suffrages et la majorité absolue en sièges.

Il profite de cette nouvelle prééminence pour durcir le ton avec les nationalistes en réaffirmant le pouvoir de l’administration centrale, pour prendre ouvertement position au côté des États-Unis dans la crise irakienne (envoi d’un contingent de soldats en mars 2003) s’attirant ainsi les critiques de ses partenaires européens et un fort rejet de l’opinion publique.

Ayant annoncé qu’il ne solliciterait pas un troisième mandat, Aznar désigne Mariano Rajoy, en août 2003, pour être le candidat du P.P. aux élections législatives de 2004. Les bons résultats économiques obtenus par la politique libérale mise en place depuis 1996 semblent assurer une victoire au P.P. Mais les attentats commis à Madrid le 11 mars 2004, trois jours avant le scrutin, et la gestion de cette crise par le gouvernement qui accuse l’E.T.A. malgré les preuves accablantes menant à la piste islamiste, changent totalement la donne. Aznar et le P.P. sont battus par les socialistes.

Ainsi, alors qu’il devait se retirer de la vie politique au sommet d’une carrière réussie, Aznar quitte le pouvoir dans des conditions sévères. Il a cependant créé un parti puissant et soudé qui représente une réelle opposition sur la scène nationale et constitue un certain modèle de la droite conservatrice dans l’arène européenne.

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  • : agrégé d'espagnol, docteur en science politique, professeur des Universités, université de Montpellier-III

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Pour citer l’article

Francisco CAMPUZANO, « AZNAR LÓPEZ JOSÉ MARÍA (1953- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jose-maria-aznar-lopez/