AMADO JORGE (1912-2001)

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Le roman engagé

Roman encore immature, País do carnaval (1931) exprime les angoisses d'une génération qui s'est reconnue dans le jeune Paulo Rigger. Cet intellectuel d'éducation européenne renonce à transformer la réalité brésilienne après avoir dénoncé le carnaval comme une forme de fuite face à une situation sociale souvent insoutenable. Les deux œuvres suivantes, Cacao (Cacau, 1933) et Suor (1934), qui ont pour protagonistes des petites gens exploités de l'État de Bahia, laissent prévoir quelles seront les deux faces de la fiction amadienne : le roman rural et le roman urbain. La vision manichéenne qui caractérise les personnages de ces « documents », dans lesquels les militants généreux préparent la révolution prolétarienne, est compensée par le débordement de vitalité, la générosité des personnages, et par la saveur d'une langue nourrie d'oralité. La poésie habite ces romans chargés d'humanité.

Avec Bahia de tous les saints (Jubiabá, 1935), « journal d'un Noir en fuite », Amado met en valeur la présence africaine au cœur de la ville de Salvador. Le petit orphelin, Antônio Balduíno, qui « errait librement sur le morne, ignorant encore la haine et l'amour, pur comme un animal, n'ayant d'autre foi que ses instincts », est fasciné par le sorcier Jubiabá. Un jour, il comprendra que ce dépositaire était le dernier gardien de la liberté du peuple. Comment « retrouver le chemin de la maison » ? Telle est la quête lancinante de ce mauvais garçon très populaire qui découvre la solidarité du combat politique.

Amado oscille alors entre la valorisation de la matière sociale avec Capitaines de sable (Capitães da areia, 1937), qui évoque le drame des enfants marginaux, et la manière poétique qui s'exprime avec le plus de lyrisme à propos des pêcheurs dans Mar morto (1937). Ces deux tendances s'allieront avec efficacité dans Terre violente (Terras do sem fim, 1942) qui complète le cycle inauguré par Cacau. Écrivant un véritable « roman historique », Amado a su donner au récit de la conquête des « terres nègres du cacao » un souffle épique qui dépasse ainsi son projet « d'enregistrer, avec impartialité et passion, le drame de l'économie du cacao ». Le diptyque que constituent Terre violente et La Terre aux fruits d'or (São Jorge de Ilhéus, 1944) illustre le « réalisme socialiste » à la brésilienne.

Amado revient inlassablement sur la dénonciation politique et réinterprète le messianisme mystique des habitants du sertão dans Les Terres du bout du monde (Seara Vermelha, 1946) qui montre le drame des travailleurs « jetés hors de la terre par le latifundium et la sécheresse, expulsés de chez eux, sans travail, et qui descendent vers São Paulo », la terre promise du Sud industriel. La trilogie Os Subterrâneos da liberdade (1951-1954) marque le paroxysme d'une littérature engagée devenue explicitement partisane.

L'ensemble de ces romans de dénonciation sociale s'inscrit dans un courant régionaliste du Nordeste, « polygone de la sécheresse », dont les principaux représentants sont José Américo de Almeida, Graciliano Ramos, José Lins do Rêgo et Rachel de Queiroz. L'expérimentation esthétique de la génération des écrivains modernistes du Sud, qui les a précédés, leur a ouvert la voie de l'utilisation littéraire de la langue parlée afin de rendre compte de la culture même du peuple. Amado crée avec liberté, les images fécondent sa prose souvent scandée selon le rythme de la littérature de colportage du Nordeste. Avec la langue, Amado explore également l'imaginaire populaire et ses symboles syncrétistes afro-brésiliens. Ainsi dans Mar morto, la déesse de la mer, Yemanja, devient la figure emblématique des espérances politiques, tout comme le leader communiste Luis Carlos Prestes est assimilé à saint Georges, qui représente le dieu de la Guerre dans Le Chevalier de l'espérance (O Cavaleiro da esperança, 1942).

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, docteur ès lettres, chargé de recherche au CNRS

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BRÉSIL - La littérature

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Dans le chapitre « De grandes œuvres romanesques »  : […] La publication de A Bagaceira ( Le Hangar où l'on jette les déchets de la canne à sucre, 1928), par José Américo de Almeida (1887-1980) marque le début d'une série de grandes œuvres romanesques, qui ont vu le jour surtout entre 1930 et 1945. Rachel de Queiroz (1910-2003), auteur de João Miguel (1932), Caminhos de pedra ( Chemins de pierre , 1937), As Três Marias (1939), est surtout connue po […] Lire la suite

Pour citer l’article

Mario CARELLI, « AMADO JORGE - (1912-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jorge-amado/