SÜSSMILCH JOHANN PETER (1707-1767)

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Considéré comme le père de la démographie allemande, Johann Peter Süssmilch est l'auteur du premier traité théorique et pratique de démographie en toutes langues, publié une première fois en 1741 à Berlin sous le titre : Die göttliche Ordnung in den Veranderungen des menschlichen Geschlechts aus der Geburt, Tod und Fortpflanzung des selben erwiesen... (L'Ordre divin dans les changements du genre humain, prouvé par la naissance, la mort et la propagation de l'espèce...), puis considérablement amplifié et corrigé en 1761-1762 (réédité en 1765 ; éditions posthumes, complètes ou partielles, en 1775-1776, 1787, 1788, 1790-1792 et 1798). Homme d'« un seul livre », Süssmilch avait publié là « un vaste ensemble se suffisant parfaitement à lui-même [...] comme nul n'avait songé à en faire auparavant » (A. Landry). Ce pasteur académicien, après des études de droit et de médecine, avait embrassé la carrière démographique, tout en poursuivant ses travaux historiques et linguistiques. Du point de vue philosophique, il avait surtout subi l'influence de Leibniz et de Wolff, qui lui avaient apporté la notion de l'harmonie préétablie. Mais il devait son « éveil » démographique au chanoine anglais Derham et aux arithméticiens politiques Graunt et Petty.

Persuadé qu'au-delà du chaos apparent de l'Univers prédomine un ordre grand, beau et parfait, institué par le Calculateur ou Arithméticien politique suprême, qui détermine la nature et le temps en mesure, nombre et poids, Süssmilch veut faire de la science l'ancilla theologiae en démontrant la régularité des phénomènes démographiques observés sur de longues périodes et de vastes ensembles. Pour lui, la démographie est ainsi le moyen de découvrir, dans l'ordre aux multiples facettes qui régit les affaires humaines, la « main cachée » ou « main invisible » du Créateur. Œuvre d'inspiration religieuse, L'Ordre divin est aussi un traité de science politique, le despote véritablement éclairé devant avant tout, selon Süssmilch, chercher à peupler le royaume en s'appuyant sur un socialisme d'État.

Süssmilch a été également l'un des premiers à mettre en lumière l'interaction des phénomènes économiques, sociaux et démographiques. Sous l'influence à la fois des mercantilistes et des physiocrates, il fonde la puissance et la richesse sur le nombre des hommes, mais il fait aussi de l'agriculture — et plus accessoirement de l'industrie — la source même de la population et de la prospérité. Démographe, Süssmilch s'attache à retrouver à travers les différentes variables les traces de l'intervention divine : ainsi la mortalité, malgré les différences observées selon les lieux, les causes et les saisons, offre le spectacle de l'ordre le plus admirable, chaque classe d'âge devant, entre autres, payer régulièrement son tribut à la mort.

Tout erronée qu'elle fût — Süssmilch part volontairement de l'hypothèse d'une population stationnaire et confond durée probable et durée moyenne de la vie —, sa table de mortalité servira longtemps de base aux calculs des compagnies d'assurances allemandes et scandinaves. En fait, Süssmilch n'a pas tant cherché à donner une représentation exactement chiffrée de l'ordre qu'à établir une loi générale et uniforme de la mortalité du genre humain. Il relève encore la régularité qui se manifeste dans le rapport de masculinité à la naissance (21 ou 26 garçons naissant toujours pour 20 ou 25 filles), dans le rapport des naissances aux décès (qui se situe aux environs de 12 ou 13 à 10), et dans le rapport des naissances aux mariages (4 enfants en moyenne par couple). Contrairement à nombre de ses contemporains, il confirme donc la tendance de la population à s'accroître : si, aux origines, la population doublait en dix ans, de son temps elle double en cent ans, et la population du globe, qui est de 1 milliard environ, pourra atteindre un maximum de 14 milliards. D'un optimisme à toute épreuve, cet homme ivre de Dieu, populationniste inconditionnel, n'imagine pas un seul instant une possible rupture d'équilibre entre les hommes et les subsistances.

Süssmilch, s'étant délibérément éloigné de la statistique descriptive à l'allemande en optant pour l'arithmétique politique à l'anglaise, est également considéré comme le créateur de la statistique biométrique et médicale (il a été l'un des premiers à plaider pour une nomencla [...]

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  • : maître de recherche à l'Institut national d'études démographiques, Paris

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Pour citer l’article

Jacqueline HECHT, « SÜSSMILCH JOHANN PETER - (1707-1767) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/johann-peter-sussmilch/