HOLZER JENNY (1950- )

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Pour Jenny Holzer (née en 1950 à Gallipolis en Ohio), cette artiste américaine, la toute première femme à s'être vue récompensée par le lion d'or à la 44e Biennale de Venise en 1990, le texte constitue une matière première polysémique depuis la seconde moitié des années 1970. Fille spirituelle du mouvement conceptuel, elle n'a cependant jamais pu se départir d'une croyance inébranlable en la plasticité de ses œuvres. Lorsqu'elle rédige ses premiers Truisms entre 1977 et 1979, elle opte pour une transmission performative, publique et anonyme, affichant de manière sauvage ses feuilles de papier quadrillé et ses « truismes » dans les rues du quartier de Soho. Des phrases simples, imparables, tantôt agressives, tantôt désabusées, écrites en majuscules : « CLASSER LES PEURS PAR CATÉGORIES APAISE. FAIRE DES PROJETS POUR L'AVENIR EST UNE FUITE EN AVANT. IL EST ANTI SOCIAL DE PASSER TROP DE TEMPS À S'AMÉLIORER. IL Y A TROP PEU DE VÉRITÉS IMMUABLES AUJOURD'HUI. L'AMOUR ROMANTIQUE A ÉTÉ INVENTÉ POUR MANIPULER LES FEMMES. LA LIBERTÉ TOTALE EST EFFRAYANTE. LE BÉNÉVOLAT EST RÉACTIONNAIRE. LE PÉCHÉ EST UN MOYEN DE CONTRÔLE SOCIAL. MIEUX VAUT ÉTUDIER LES FAITS ACTUELS QU'ANALYSER L'HISTOIRE. MOURIR D'AMOUR EST MAGNIFIQUE MAIS STUPIDE. ON PARLE POUR VOILER SON IMPUISSANCE. » S'appuyant autant sur le choc visuel de la typographie que sur la simplicité de ses phrases, entre réflexion prosaïque et philosophie zen, message quasi politique et confidence, Jenny Holzer alterne les supports et les formats. Du panneau d'affichage sur Times Square (1982) au T-Shirt imprimé, jusqu'à l'autocollant ou la petite annonce, du marbre gravé au bronze, l'artiste opte pour une méthode virale qui vient recouvrir l'ensemble des zones de publicité. Jouant l'infiltration avec des affirmations parfois elliptiques, Holzer ne prend aucun plaisir à raconter une histoire linéaire mais sait davantage attirer l'attention d'un passant, d'un lecteur « automatique » et blasé.

Pour cette activiste, interrompre le flux en imposant dans le tissu urbain son propre rythme s'affirme au tournant des années 2000 avec l'emploi de « leds à défilement ». Dès lors, les mots ne s'arrêtent jamais, abandonnent leur fonction de slogan au profit de celle de mantra et s'enchaînent comme les séries. Avec Mother and Child, Jenny Holzer représente les États-Unis à la Biennale de Venise en 1990. Ses sujets de prédilection sont la mort, le sexe, la religion, la guerre à travers des séries comme Inflammatory essays (1979-1982), Survival (1983-1985) ou Laments (1989). En 1992, elle compose la série War et écrit : « Totalement brûlé, seules les dents sont encore bonnes, il est assis soudé au char. Le métal renferme la chaleur de l'explosion du soleil. Sa mort est récente et l'odeur agréable. Il faut l'extirper en lui déchirant la peau. Il évoque pour chacun des sentiments différents. » À partir de poèmes d’Henri Cole (2004), elle questionne le corps et le lien à l’autre.

Jenny Holzer a toujours pris conscience du contexte de développement dans lequel se situaient ses interventions scripturales. Ainsi avec ses bandes de texte, lumineuses et cinétiques, elle tire parti de l'architecture des lieux qui l'invitent : au Guggenheim de New York en 1989, elle souligne par ses messages la spirale intérieure conçue par Frank Lloyd Wright et intervient également à l’extérieur du bâtiment en 2008. La lecture n'est jamais évidente et c'est bien par bribes que cette artiste-poète comprend son action. En 2001, elle investit à Paris, la chapelle de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière avec une colonne de « leds à défilement » construite sur une hauteur de trente-six mètres. Je lis ta peau fait partie des propositions toujours plus architectoniques de cette artiste. La colonnade du Louvre à Paris (2009), le Musée national de Prague (2009) et la ville de Cracovie (2011) ont servi de support à la projection de ses textes.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - Les arts plastiques

  • Écrit par 
  • François BRUNET, 
  • Éric de CHASSEY, 
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Dans le chapitre « De l'influence de l'art conceptuel »  : […] Ces mêmes principes d'unicité, d'indivisibilité, de symétrie et de clarté, souvent teintés de revendications nihilistes, se retrouvent en partie dans le pop art, qui constitue une autre des échappatoires au récit moderniste. Bien que d'origine britannique, le phénomène pop va connaître une expansion et une notoriété sans équivalents aux États-Unis. Ses représentants, plus ou moins dissidents, ceu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « HOLZER JENNY (1950- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jenny-holzer/