PENN IRVING (1917-2009)

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Photographe américain, Irving Penn est né à Plainfield dans le New Jersey en 1917. Formé par Alexey Brodovitch à la Museum School of Industrial Art de Philadelphie, il commença par étudier le dessin et la peinture et fut directeur artistique d'un grand magasin new-yorkais en 1940, collabora à la revue Harper's Bazaar en 1941, peignit au Mexique en 1942. Sa rencontre avec Alexander Liberman, le directeur artistique de Vogue, marqua le début de sa carrière de photographe en 1943. Il créa ainsi plus d'une centaine de couvertures pour Vogue et s'imposa comme photographe de mode. Son style, très reconnaissable, se signale par l'usage systématique d'une toile de fond neutre, grise ou blanche, pour tout décor ; un éclairage fortement travaillé ; la recherche de compositions à la fois stylisées et architecturées ; le dépouillement et la pureté des formes ; le hiératisme et l'harmonie des poses ; un sens graphique poussé dans les contrastes de noir et de blanc ; des tirages particulièrement soignés et précis. Ses photographies constituent aussi une véritable histoire sociale de la haute société bourgeoise occidentale, une projection d'elle-même à ses grandes époques (de 1947 à 1980), à travers ses grandes capitales (Paris, Rome, New York), ses grands couturiers et ses mannequins (Veruschka, Jean Patchett ou Lisa Fonssagrives qu'il épousa en 1947).

En même temps qu'à la photographie de mode, Irving Penn se consacrait en un rigoureux parallèle au portrait (1947-1979). Ont ainsi défilé devant son objectif une multitude de personnalités connues et de visages célèbres, surtout des écrivains, des peintres, des acteurs, des dramaturges, des danseurs (Balanchine, Balthus, Beaton, Burton, Cocteau, Colette, De Kooning, Duchamp, Ernst, Johns, Marin, Miró, Moore, Newman, Nin, Williams, Wolfe...). Si l'on retrouve dans ces portraits exactement les mêmes modalités plastiques et scéniques qui caractérisent les photographies de mode d'Irving Penn, une intensité supplémentaire vient, ici, directement de la présence corporelle d'individualités très fortes, aux visages toujours très marqués. La frontalité qui est imposée aux sujets dégage en outre une puissance quasi physique. Les trois portraits de Truman Capote, réalisés en 1948, 1965 et 1979, sont exemplaires à cet égard.

Constituant le troisième volet de cette œuvre, une collection de portraits anthropologiques a été réalisée par Irving Penn au cours de ses nombreux voyages au Pérou, en Italie, en France, au Népal, en Nouvelle-Guinée, au Maroc, de 1948 à 1978, parallèlement à ses deux autres spécialités, la mode et le portrait. Ce sont des portraits de peuplades ou de tribus, photographiées dans des mises en scène très hiératiques. Penn rassembla ainsi des séries sur les descendants des Incas à Cuzco, les gypsies d'Estramadure, les familles noires du Dahomey, les Kirdi du Cameroun, les Hell's Angels de San Francisco, les Indiens du Népal, les Papous de Nouvelle-Guinée, les danseuses Guedra de Boulimine... Ces clichés, superbes, ont été publiés dans Worlds in Small Room (1974). Ici aussi, le dispositif général reste typique de Penn : il ne pratique pas le reportage. Loin de photographier les gens dans leur milieu traditionnel, il emportait toujours avec lui un véritable petit studio de photographe ambulant, tout en toile, avec un fond neutre et uni, devant lequel il faisait poser très cérémonieusement des Indiens du Pérou, des Papous, ou encore des tribus marocaines, dans leurs plus beaux vêtements et ornements traditionnels. Ainsi, tout en photographiant des peuples et des sociétés « étrangères », il les isolait de leur milieu pour les introduire dans le sien (son studio), ne s'intéressait qu'à leur corps et à leurs parures, conservant les modalités et l'esthétique de ses photos de mode pour des sujets situés aux antipodes.

Il faut aussi signaler qu'Irving Penn est un photographe de sujets inanimés, et cela sous trois aspects, aussi différents que ceux sous lesquels il avait abordé l'être humain. Tout d'abord, des photos publicitaires d'accessoires de la mode (vernis à ongle, rouge à lèvres, lentilles de contact, etc.). Ensuite, et cela dès ses débuts à Vogue, des compositions personnelles de natures mortes : savants assemblages (souvent en couleurs) de petits objets bi- ou tridimensionnels, généralement empruntés à l'univers de la nourriture et rendus avec une netteté et une rigueur plastiques qui en [...]

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Écrit par :

  • : enseignant-chercheur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Philippe DUBOIS, « PENN IRVING - (1917-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/irving-penn/