MOREAU JEAN VICTOR (1763-1813)

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Né à Morlaix, fils d'un avocat breton, étudiant en droit à Rennes, le jeune Moreau est déjà mêlé, comme prévôt des étudiants, aux troubles parlementaires de la ville en 1788 ; c'est lui qui fonde et préside la Fédération de la jeunesse bretonne et angevine à Pontivy en 1790. Lieutenant-colonel dans l'armée du Nord en 1792, il sert sous Dumouriez — qu'il refuse de suivre contre la République après Neerwinden —, puis sous Pichegru, et succède à ce dernier en 1795 au commandement en chef de l'armée du Nord, puis de l'armée de Rhin-et-Moselle en 1796. Ayant reçu mission de combiner une offensive avec Jourdan (Sambre-et-Meuse), il laisse celui-ci attaquer seul, s'ébranle tard après de longs préparatifs et pousse vers Munich ; la défaite de Jourdan, avec lequel il a refusé de coordonner ses mouvements, l'oblige à se retirer ; il accomplit alors à travers la Forêt-Noire une retraite fort savante. En 1797, même jeu avec Hoche (toujours Sambre-et-Meuse) qu'il laisse attaquer seul, mais cette fois Hoche est vainqueur sans lui. En 1799, envoyé en Italie, Moreau est battu par Souvorov à Cassano ; après le désastre de Novi, il ramène sur Gênes les débris de l'armée par une retraite derechef fort savante. (Moreau, général de grande valeur mais plus médiocre comme stratège que comme tacticien, a la spécialité militaire des admirables retraites.) Au 18-Brumaire, il accepte de seconder Bonaparte dans le rôle peu noble de geôlier des directeurs gardés à vue. Le Premier consul lui confie alors l'armée du Rhin ; après cinq longs mois d'inaction, Moreau mène une campagne brillante qui le conduit jusqu'à Munich en juillet ; le 3 décembre 1800, il remporte sur les Autrichiens une victoire décisive à Hohenlinden ; il est alors au comble de la gloire.

Est-il encore ce républicain convaincu que certains thuriféraires continuent d'opposer au dictateur Bonaparte ? Il est presque sûr que, dès 1795, Moreau est au courant des tractations de Pichegru avec les royalistes, et il est sûr qu'il en a les preuves en avril 1797 ; il se gardera de les communiquer au Directoire avant que le 18-Fructidor ne vienne ruiner les menées de Pichegru. De 1801 à 1803, il fronde ouvertement, voit volontiers se grouper autour de lui les opposants, encourage les intrigues de droite comme de gauche. Ayant retrouvé le contact avec Pichegru, il se laisse aboucher par lui, au début de 1804, avec Cadoudal (qu'il rebute par son ambition personnelle et qui dit de lui : « J'aime encore mieux celui qui est consul que ce Jean-foutre-là »). Arrêté en février, il s'obstine maladroitement à nier tout contact et se voit condamner en juin à deux ans de prison que Napoléon commue en exil. Il se retire alors aux États-Unis où il vit huit ans.

En 1813, il revient en Europe et offre ses services aux Alliés ; il propose au tsar de former un corps avec les prisonniers de la retraite de Russie pour aller rétablir les Bourbons ; Alexandre renonce à ce projet devant les réactions des premiers prisonniers pressentis, mais garde Moreau auprès de lui comme son conseiller militaire. Est-ce le début d'une nouvelle carrière ? Non : dès le commencement de la bataille de Dresde, Moreau est frappé d'un boulet et en meurt. Le tsar le nommera seulement feld-maréchal russe à titre posthume. Et le roi Louis XVIII assurera une pension de maréchale à sa veuve.

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Jean MASSIN, « MOREAU JEAN VICTOR - (1763-1813) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-victor-moreau/