POUILLOUX JEAN (1917-1996)

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L'helléniste Jean Pouilloux, né à Le Vert (Deux-Sèvres) en 1917, ancien élève de l'École normale supérieure (1939-1944), ancien membre de l'École française d'Athènes (1945-1949), enseigna l'histoire ancienne, le grec et l'épigraphie à l'université de Lyon (puis à l'université de Lyon-II) de 1951 à 1985. Il était membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et de plusieurs académies françaises et étrangères. Il fut en 1988 président de l'Institut de France. Archéologue et épigraphiste, il travailla en Grèce puis à Chypre, où il fonda et dirigea la Mission archéologique française de Salamine. Parallèlement, il ne cessa jamais de réfléchir sur la littérature grecque. Il laisse plusieurs dizaines d'articles, une thèse sur Thasos, une thèse secondaire sur Rhamnonte, deux fascicules de la publication des Fouilles de Delphes, quatre volumes de l'édition de Philon d'Alexandrie dans la collection des Sources chrétiennes, deux choix d'inscriptions grecques traduites, œuvres collectives qu'il dirigea. Il a participé, sous les formes les plus diverses, à la publication des fouilles de Salamine de Chypre.

Les résultats scientifiques de cette vie de travail sont considérables. Il débrouilla la topographie et l'histoire d'un secteur important du sanctuaire de Delphes en publiant les monuments et les inscriptions qui y avaient été trouvés. Il reconstitua l'histoire ancienne de l'île de Thasos et celle de la forteresse de Rhamnonte, située sur la frontière nord de l'Attique. Il est de ceux qui ont le plus contribué à mettre en lumière le rôle essentiel de l'île de Chypre, ce carrefour de la Méditerranée orientale, où cohabitaient Grecs et Phéniciens, où se mêlaient, jadis comme aujourd'hui, les civilisations venues de la mer Égée et du Proche-Orient, sous la domination des Perses, puis des Ptolémées, puis des Romains. Son intérêt pour le prodigieux melting-pot que fut toujours la Méditerranée orientale se retrouve dans sa participation à l'édition des œuvres de Philon, cet intellectuel juif d'Alexandrie qui pensait et écrivait en grec au temps des premiers Césars.

Mais son œuvre ne se résume pas à la liste de ses travaux. Il se référait volontiers à la distinction bien connue entre l'ambition d'être et l'ambition de faire : la seconde l'habitait et, pour lui, faire ne signifiait pas seulement fouiller, lire, enseigner et publier. Dès 1959, il créait à Lyon un centre de recherche, l'institut Fernand-Courby, qui existe toujours. Dès 1964, il obtenait pour ce centre de recherche la fouille de Salamine de Chypre. Dès lors il se multiplia de façon prodigieuse au Comité national de la recherche scientifique, au Comité consultatif des Universités, au Conseil national de la recherche archéologique et, pendant des années, à la Commission des fouilles du ministère des Affaires étrangères, ailleurs encore. La récompense de tant d'efforts fut la création, en 1975, à Lyon, de la Maison de l'Orient méditerranéen, qui fédérait les équipes de recherche lyonnaises travaillant sur la Méditerranée orientale et sur le Proche-Orient : c'est aujourd'hui l'un des trois ou quatre grands centres de recherche qui travaillent, en province, sur l'Antiquité, et le centre de recherche le plus important en Europe sur l'Orient. Nommé en 1976 directeur scientifique des humanités au C.N.R.S., il orienta de là, pendant six ans, une partie de la recherche française en sciences humaines.

Mais ce qui distingue entre toutes cette œuvre et cette carrière, c'est l'ouverture d'esprit dont elles témoignent. Cet helléniste a promu la recherche sur l'Orient. Ce classique travaillait sur les Pères de l'Église. Ce littéraire (il l'était jusqu'au fond de l'âme) a fait une thèse d'histoire. Cet humaniste n'a eu peur ni de l'informatique ni des techniques modernes de l'archéologie. Ce spécialiste de l'Antiquité ne dédaignait ni la préhistoire ni les sciences du contemporain (la sociologie du Proche-Orient actuel est une des disciplines les plus vivantes dans la Maison qu'il a fondée). Les cloisons que beaucoup d'entre nous construisent pour leur tranquillité lui semblaient une sottise. Ceux qui faisaient autre chose que lui l'intéressaient et, s'il pensait qu'ils en valaient la peine, il les aidait. En somme, [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'épigraphie grecque à l'université de Lyon-II-Lumière

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Georges ROUGEMONT, « POUILLOUX JEAN - (1917-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pouilloux/