CHARBONNIER JEAN-PHILIPPE (1921-2004)

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Dans son livre Un photographe vous parle, Jean-Philippe Charbonnier confie les impressions laissées en 1944 par l'exécution d'un collaborateur, que la foule des habitants de Vienne, dans l'Isère, était venue voir mourir sous les balles du peloton. Souvent publié dans son intégralité, son reportage annonçait les deux directions majeures de l'œuvre à venir : la proximité avec l'individu et la distance critique face aux idéologies dominantes.

Né à Paris le 28 août 1921, enfant unique d'un père peintre et d'une mère écrivain, Jean-Philippe Charbonnier grandit dans un environnement de liberté et d'ouverture. À dix-sept ans, le jeune homme reçoit de son père un appareil à soufflet 9 × 12 cm et les bons conseils d'un ami, le photographe de cinéma Sam Levin. Séduit par les séances de travail en studio, le bachelier « philosophie » renonce à ses études de lettres pour assister Levin dans ses prises de vues de tournage.

La guerre entrave son ambition de devenir à son tour photographe. Embauché aux laboratoires photographiques Blanc et Demilly à Lyon, il découvre un autre aspect de la profession, avant d'échapper au Service du travail obligatoire en traversant, en 1943, la frontière suisse. Sa rencontre avec le metteur en page Jean Manevy sera déterminante pour le réfugié qui s'essaie à ses premiers reportages. C'est à Manevy qu'il doit, à son retour en France, son emploi de maquettiste à Libération, qu'il conserve de 1944 à 1946. Le quotidien d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie ne l'intègre à son service photo qu'en 1948.

Travaillant occasionnellement pour Point de vue, Images du monde Jean-Philippe Charbonnier trouve en 1950 un territoire à la mesure de sa curiosité du monde et de son esprit d'indépendance, au sein de la revue Réalités. Exonéré des contingences du reportage événementiel, s'accommodant facilement de l'exhaustivité documentaire, il donne libre cours à sa perception de l'humanité, centrée sur des sujets qui deviennent autant de personnages. De ses voyages en Asie et en Afrique, en Union soviétique et à travers ce qu'on commence à nommer le Tiers Monde, il rapporte une collection de portraits et d'attitudes saisies par son regard d'Occidental ouvert à l'émotion et séduit par l'insolite. Il réserve à son propre pays un jugement plus contrasté, oscillant entre l'illustration balzacienne du cercle des notables, comme le pharmacien d'Aubusson ou le notaire d'Amboise, et l'approche intimiste de petites gens photographiés dans une véritable connivence, souvent avec une touche d'humour que souligne la légende de l'image (« Monsieur Canard et son canard », 1976).

Anshan, combinat sidérurgique

Photographie : Anshan, combinat sidérurgique

Anshan (Mandchourie), la ville chinoise de l'acier, vers 1950. Photographe : Jean-Philippe Charbonnier. 

Crédits : Hulton Getty

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À la détresse humaine cernée sous son aspect le plus dur dans un important reportage de 1954 sur les hôpitaux psychiatriques, l'enfance et plus généralement la jeunesse inspirent une réponse généreuse et souvent esthétique. Ainsi la course en sabots des petits Sénans, les attitudes de rockers de la Bastille, la respiration d’un adolescent au bord de la piscine d'Arles, la dignité du petit scribe noir des colonies d'Afrique appartiennent à cette part lumineuse de son œuvre.

Reporter reconnu dans le milieu de la presse, Jean-Philippe Charbonnier rejoint des auteurs qui, comme Robert Doisneau ou Henri Cartier-Bresson, élèvent la photographie au-delà de son devoir élémentaire d'illustration. Invité en 1954 par l'écrivain Michel Tournier dans l'émission télévisée « Chambre noire », Charbonnier retrouve l’écrivain en participant aux premières Rencontres photographiques d'Arles en 1970. La fin de sa collaboration avec Réalités, qui aura duré vingt-quatre ans, inaugure une série de campagnes publicitaires pour Renault, Royal Air Maroc ou Carrefour, qui lui procurent l'indépendance financière.

Jean-Philippe Charbonnier contribue en 1975 à la création de la première galerie de photographie imaginée à Paris par Agathe Gaillard, son épouse d'alors. Elle exposera régulièrement les tirages du photographe, dont l'œuvre n'est vraiment présentée au grand public qu'en 1983, avec l'accrochage monumental de trois cents tirages, que le musée d'Art moderne de la Ville de Paris prolonge sur cinq mois. L'homme dont une campagne publicitaire à la radio avait rendu la voix populaire devait se retirer du monde de la photographie, auquel il n'épargnait pas ses appréciations drôles ou amères. Jean-Philippe Charbonnier est mort à l'hôpital de Grasse le 28 [...]

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  • Hervé LE GOFF, 
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Dans le chapitre « Du reportage classique aux expressionnismes »  : […] Le reportage classique est toujours vivant. Pensons à la tradition parisienne des Brassaï et des Izis ( Paris des rêves , 1950). Même face aux idées les plus avancées, un Robert Doisneau garde sa présence, car sa bonté et son humour restent ouverts sur l'ambiguïté de la condition humaine. Au Royaume-Uni, Bert Hardy a aussi cette qualité comme l'eut le Suisse Gotthard Schuh. Aux États-Unis, Bill […] Lire la suite

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Hervé LE GOFF, « CHARBONNIER JEAN-PHILIPPE - (1921-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-philippe-charbonnier/