LAUFFRAY JEAN (1909-2000)

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Figure protéiforme de l'archéologie française, Jean Lauffray était architecte de formation. Il avait découvert l'archéologie en participant dès 1936 à la fouille du site mésopotamien de Mari qui, sous la direction d'André Parrot, commençait à révéler toute sa richesse. Là, il contribua aux relevés – on lui doit les premiers plans du temple aux Lions – et s'initia à la fouille active en dirigeant un sondage à tell Abu Hassan, situé sur l'autre rive de l'Euphrate, à une douzaine de kilomètres au nord de Mari, restant pendant une dizaine de jours complètement isolé du reste de l'équipe. C'est également à lui que l'on doit la très belle copie de la Peinture de l'investiture (cour du Palmier, palais de Mari), réalisée alors que les couleurs de l'original avaient encore la vivacité qu'elles ont perdue par la suite. Cette entrée dans un domaine archéologique pionnier devait marquer profondément l'itinéraire de Jean Lauffray.

À l'issue de cette expérience, il s'immergea pendant une quinzaine d'années dans l'étude du Proche-Orient. Il se consacra au musée d'Alep qui, grâce aux objets provenant de Mari, prenait soudain une grande importance scientifique ; il fouilla le site byzantin de Halébiyé sur l'Euphrate ; il mit son savoir architectural au service de la jeune direction des Antiquités de la république de Syrie née après la guerre ; avec le père Poidebard, il explora le site portuaire de Sidon et s'engagea dans une étroite collaboration avec le fouilleur Maurice Dunand à Byblos ; sillonnant le Proche-Orient, il découvrit et comprit l'importance du site de tell Chuera, qui allait ensuite être exploré par une mission allemande. Ce jeune chercheur allait d'instinct vers tout ce qui pouvait apparaître comme inédit et prometteur dans le domaine archéologique.

Dans une deuxième étape de sa vie, Jean Lauffray s'est consacré à l'archéologie métropolitaine. Pendant une dizaine d'années, il est architecte des Monuments de France et conservateur du Domaine national de Pau, puis il entre au C.N.R.S. où il est nommé maître de recherche en 1963. Il s'intéresse en particulier à l'architecture régionale antique, fouille des villas gallo-romaines, étudie le domaine sacré – territoire et temple – d'époque romaine de Périgueux et dirige le bureau palois du Centre d'architecture antique du C.N.R.S.

En 1961, une mission ponctuelle, accomplie en Égypte à la demande du musée du Louvre, est pour lui une découverte qui réoriente une nouvelle fois son destin. Il devait en effet créer, en 1967, avec Serge Sauneron, le Centre franco-égyptien de Karnak qui avait pour mission l'étude et la restauration du site ; puis, comme directeur de recherche au C.N.R.S., il en assura la direction pendant plus d'une dizaine d'années et forma au terrain et à l'étude architecturale une génération de jeunes égyptologues.

L'une des originalités de son action à Karnak est d'avoir d'emblée constitué une équipe pluridisciplinaire, fortement dominée par les études archéométriques. Pour engager des restaurations scientifiquement fondées, il entreprit des études pétrographiques en analysant les processus chimiques et physiques de dégradation des pierres utilisées pour les monuments de Karnak ; pour cela, il sut s'entourer de spécialistes qui n'étaient pas tous égyptologues ; et pour les restaurations, il fit appel à des architectes mais aussi à des tailleurs de pierre professionnels. Une très belle publication – Karnak d'Égypte, domaine du divin, éd. du C.N.R.S., 1979 – devait rendre compte de cette expérience.

De retour en France pour une retraite studieuse, il continua à parcourir les pistes du Proche-Orient, souvent à la demande de l'U.N.E.S.C.O., pour conduire des expertises, tout en achevant les publications qu'il avait encore en chantier. Il publia ses recherches à Périgueux, Tour de Vésonne, C.N.R.S., Paris, 1990, puis il revint à ses premiers centres d'intérêt avec la publication à la fois architecturale et archéologique de Halabiye-Zenobia (I.F.A.P.O., 1983 et 1991). Enfin, il consacra ses dernières années à la publication des grandes phases architecturales du site de Byblos que son inventeur, Maurice Dunand, avait laissé inachevée ; avec l'aide de collaborateurs qui avaient travaillé sur le site ou qui avaient une connaissance particulière des documents architecturaux, il s'est lancé non sans hardiesse dans cette [...]

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Jean-Claude MARGUERON, « LAUFFRAY JEAN - (1909-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-lauffray/