BERRY JEAN DE FRANCE duc de (1340-1416)

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Troisième fils de Jean II le Bon, roi de France, et de Bonne de Luxembourg (eux-mêmes amateurs d'art), Jean devient comte de Poitiers en 1356 et duc de Berry en 1360. Otage en Angleterre, pour le paiement de la rançon de Jean le Bon, le duc de Berry fut un homme politique sans envergure et un médiocre administrateur, de surcroît fort impopulaire en raison des appétits financiers qu'exacerbaient sa passion de collectionneur et son goût du faste. Il profita de la minorité, puis de la maladie de son neveu Charles VI pour puiser largement dans le trésor royal. Comme son frère, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, il attaqua au Conseil royal la cause du pape Benoît XIII, mais c'est en vain qu'il s'opposa en 1403 à la restitution d'obédience de la France à ce pape, décidée sous l'influence du jeune duc Louis d'Orléans, frère du roi.

Entre Orléans et Bourgogne, le duc de Berry tenta ensuite de jouer le rôle d'un médiateur. Sa pusillanimité, manifeste au lendemain de l'assassinat de Louis d'Orléans sur ordre du duc de Bourgogne, déçut ceux qui avaient vu en lui un arbitre possible ; il fut amené, en 1410, à se ranger purement et simplement aux côtés de Bernard d'Armagnac, son gendre, et à faire figure de tête du parti dit des princes, sans être pour autant le chef. Maître de Paris lors de la réaction anticabochienne en 1413, il ne sut éviter les violences ; ses hésitations, qui l'empêchèrent d'intervenir lors de la bataille d'Azincourt, achevèrent de le déconsidérer.

Le mécène rachète heureusement l'homme politique, au regard de la postérité. Jean de Berry dut avoir très tôt le goût des œuvres rares et belles. Grand collectionneur, comme tous ses frères, il sut mettre au service de sa passion les ressources que lui procurait sa rapacité bien connue. Si le personnage fut humainement assez déplaisant, si son rôle politique est contestable, la qualité des peintres, des sculpteurs et des orfèvres qu'il employa à son service et le rôle qu'il joua dans l'épanouissement du gothique international lui ont valu la reconnaissance et l'admiration des historiens d'art. On connaît le luxe inouï de ses cours de Bourges et de Poitiers, de celles qu'il tenait à Paris, à l'hôtel de Nesle ou dans son château de Bicêtre. Le souvenir de la beauté de ses châteaux (Riom, Dourdan, Étampes, Lusignan, Mehun-sur-Yèvre) nous a été conservé dans les enluminures des manuscrits qu'il fit exécuter, mais il reste peu de chose des sculptures qu'André Beauneveu et Jean de Cambrai firent pour Bourges et Mehun, et rien, ou presque, des joyaux, œuvres de ses orfèvres attitrés Jean de Morselles, Hermann Rince et Jean Chenu. Par contre, les manuscrits de prix qui constituaient sa bibliothèque, sa « librairie », furent en partie sauvés et les noms des enlumineurs qui les décorèrent (Beauneveu, Jacquemart de Hesdin, le maître de Boucicaut, les frères Limbourg) attestent que ce prince sut faire travailler les meilleurs artistes du royaume et même d'Europe. Grand amateur de musique sacrée et profane, aimant les somptueuses cérémonies religieuses, il offrit des reliques et des reliquaires de prix à Notre-Dame de Paris, à Saint-Denis et à ses églises de Poitiers et de Bourges. Plus que tout, sa fabuleuse collection, dont les inventaires détaillés ont été rédigés dans les premières années du xve siècle, nous révèle un amateur passionné d'œuvres rares, précieuses ou surprenantes, pour qui marchands et banquiers florentins, génois et lucquois jouèrent le rôle de rabatteurs : à côté des joyaux et reliquaires chargés de ses emblèmes (l'ours et le cygne), les inventaires citent des manuscrits anciens, des broderies de Florence, des tissus byzantins « ouvrages de Grèce », des panneaux peints, des vases de cristal et de pierre dure, des tapisseries retraçant l'histoire de Charlemagne ou du Grand Khan, et des camées et intailles, antiques ou médiévaux, qui ne furent surpassés que par ceux de Charles V. Peu d'objets ont survécu : la Tapisserie des neuf preux, portant les armes du duc (musée des Cloîtres, New York) ; le grand retable d'os venant de Poissy (Louvre) ; la coupe de Sainte-Agnès, qui appartint d'abord à Charles V ; le reliquaire de la Sainte-Épine (British Museum). De la Sainte-Chapelle de Bourges, mise à sac du vivant du duc par les Anglais, proviennent quelques camées conservés au Louvre et la grande coupe d'agate jaune déposée au trésor de la cathédrale de Bourges.

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  • François AVRIL
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Dans le chapitre « Au service de Jean de Berry »  : […] On ignore la date à laquelle les Limbourg furent engagés par le duc de Berry. Tout porte à croire cependant que ce fut très tôt puisque, dès 1405, une charte du duc, aujourd'hui disparue mais connue par une bonne reproduction lithographique, était enluminée par l'un d'eux. À la différence du commun des enlumineurs de l'époque, astreints aux pratiques commerciales, les Limbourg, comme avant eux And […] Lire la suite

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Jean FAVIER, Danielle GABORIT-CHOPIN, « BERRY JEAN DE FRANCE duc de (1340-1416) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-de-berry/