BOKASSA JEAN BEDEL (1921-1996)

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Jean Bedel Bokassa naît en 1921 à Bobangui, dans l'ancien Oubangui-Chari, un des quatre territoires de l'Afrique-Équatoriale française qualifiée autrefois de « Cendrillon de l'empire français ». Orphelin à six ans, il est élevé par les missionnaires. En 1939, la carrière militaire s'offre naturellement à lui, et il fait partie des premières Forces françaises libres (1940). Une fidélité des premiers jours à la France et à son armée qui pèsera lourd auprès de la classe politique française. Il s'enorgueillit d'être le libérateur de la France (débarquement de Provence, 1944) et le défenseur de son intégrité territoriale (guerres d'Indochine et d'Algérie). Une formation à l'école militaire de Saint-Louis (Sénégal, 1947-1948) et au centre d'entraînement de Châlons-sur-Marne (1950) en a fait un de ces sous-lieutenants dont l'armée française a besoin pour servir outre-mer.

Jean Bedel Bokassa, 1977

Photographie : Jean Bedel Bokassa, 1977

Jean Bedel Bokassa se couronne empereur dix ans après avoir pris le pouvoir en Centrafrique (1966). Il connaîtra un règne éphémère et sera déposé par l'ancien président David Dacko en 1979. Condamné à mort par contumace en 1980, il sera finalement libéré en 1993. 

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À l'indépendance de son pays, rebaptisé Centrafrique (13 août 1960), Bokassa n'a pas à choisir la France, puisque celle-ci est toujours présente sous la forme d'une mission de coopération civile et militaire. Décoré de la Légion d'honneur et de la croix de guerre, il quitte l'armée française avec le grade de capitaine pour être affecté dans la jeune armée centrafricaine (1962), dont il est nommé commandant en chef par son cousin, le président David Dacko (1964). Sa seule famille reste la chose militaire. Le « coup d'État de la Saint-Sylvestre », à Bangui (31 décembre 1965), n'est qu'une demi-surprise, car le rapprochement de Dacko avec la Chine populaire a fortement mécontenté la France, qui a fait du Centrafrique le cœur de son dispositif militaire dans la région.

Chef de l'État et des armées, Bokassa se devait d'en avoir les distinctions les plus hautes. De colonel (1966) à général, puis maréchal et président à vie (1972), il en vient à se faire proclamer empereur (4 décembre 1976). Les formes sont respectées car une Constitution est votée avec la complicité du parti unique. Un an plus tard, son couronnement, sous le nom de Bokassa Ier (4 décembre 1977), se déroule dans un décor dont le mauvais goût le dispute aux sommes dépensées pour les festivités.

Des manifestations de lycéens contre le port d'un uniforme trop onéreux déclenchent une grève générale, puis entraînent l'arrestation de plusieurs centaines d'enfants. Près de cent cinquante d'entre eux périssent en prison. Retiré dans son palais de Bérengo, Bokassa est accusé d'anthropophagie (avril 1979). Après avoir tenté de minimiser les « pseudo-événements de Bangui », la France est contrainte de suspendre son aide. Bokassa se rapproche alors de la Libye, entraînant une intervention française qui remet en place l'ex-président Dacko (opération « Barracuda », 20 septembre 1979). Arguant de sa double nationalité gagnée sur les champs de bataille, Bokassa demande l'asile à la France. Après quatre ans d'exil en Côte-d'Ivoire puis autant dans son château de la région parisienne, l'« ogre de Bérengo » retourne à Bangui, où il est jugé et condamné à mort (1987). Gracié, il termine ses jours dans sa villa de Bérengo. Il décède le 3 novembre 1996.

Le tragique épisode de l'Empire centrafricain eut un prolongement direct sur la politique française, Le Canard enchaîné (10 octobre 1979) ayant dévoilé que le président Giscard d'Estaing avait reçu de l'empereur des diamants en cadeau, le chef de l'État fut engagé dans une polémique qui dura jusqu'à la veille de l'élection présidentielle française en 1981.

Le nom de l'ex-empereur centrafricain reste lié à une époque où l'Afrique indépendante frappait par la démesure de certains de ses dirigeants (Idi Amin Dada en Ouganda, Francisco Macías Nguema en Guinée équatoriale), ou fascinait par la sagesse de ses pères fondateurs (Léopold Sédar Senghor, Félix Houphouët-Boigny, Julius Nyerere). Jean Bedel Bokassa conserva une profonde amertume de son passage en politique et du peu de reconnaissance de ceux dont il avait voulu être l'égal.

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Pour citer l’article

Bernard NANTET, « BOKASSA JEAN BEDEL - (1921-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-bedel-bokassa/