JAUCOURT LOUIS chevalier DE (1704-1779)

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L'un des collaborateurs de Diderot les plus abondants, et les plus fidèles, tout dévoué à l'œuvre de l'Encyclopédie, Louis de Jaucourt est issu d'une famille de noblesse ancienne — « d'épée et de nouveaux convertis » — dont les racines sont en Champagne et en Bourgogne. Le chevalier a étudié, dans les pays protestants, la philosophie et la théologie à Genève, les mathématiques à Cambridge, où il vécut trois ans, et la médecine sous Boerhaave à Leyde, où il fut reçu docteur en 1730, le même jour que son condisciple et ami Tronchin. Jaucourt parle cinq ou six langues étrangères, est versé dans les littératures anciennes et modernes, a parcouru le cercle presque entier des connaissances humaines : histoire et politique, philosophie et théologie, physique et mathématique, chimie, pathologie, botanique, belles-letttes, beaux-arts. Il écrit en Hollande une vie de Leibniz, publiée en 1734 dans l'édition de la Théodicée du philosophe. Trévoux, notamment, en loue l'exactitude et l'impartialité, en même temps qu'il estime l'étendue des connaissances nécessaires à l'exposé de l'œuvre. Jaucourt participe à la rédaction de la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de 1728 à 1740. Il est l'un des éditeurs du Museum Sebaenum (description du cabinet d'Albert Seba) de 1734 à 1765. L'édition de la vie de Leibniz, augmentée en 1747 puis en 1760, lui vaudra d'être reçu par l'Académie de Berlin. Après son retour en France, en 1738, il sera également reçu par les académies de Bordeaux et de Stockholm, et par la Royal Society de Londres. Un dictionnaire, en préparation, son Lexicon medicum universale en six volumes, sombre lors d'un naufrage, alors qu'aucune copie n'en avait été faite. Mais la grande affaire est l'Encyclopédie. Diderot entre pour la première fois en relation avec le chevalier de Jaucourt par lettre du 20 septembre 1751, après la parution du premier tome de l'Encyclopédie au mois de juin de cette année-là. L'infatigable collaboration de Jaucourt va commencer à partir du deuxième tome, publié au mois de janvier 1752. Diderot écrit à Sophie Volland (10 nov. 1760) que ses collègues n'ont presque rien fait, qu'il ne sait pas quand il sortira de « cette galère », mais que le chevalier veut l'y tenir encore un an : « Cet homme est depuis six à sept ans au centre de six à sept secrétaires, lisant, dictant, travaillant treize à quatorze heures par jour, et cette position-là ne l'a pas encore ennuyé. » Il fait partie des bourreaux de travail, avec Diderot lui-même, l'abbé Mallet et Boucher d'Argis, mais il est le plus assidu et le plus fidèle. Quand d'Alembert quitte l'Encyclopédie, à la suite des longues attaques dont elle est l'objet, Jaucourt apporte un concours déterminant, sinon l'essentiel, à la rédaction des dix derniers volumes de texte. Diderot écrit encore de lui à Sophie Volland (25 nov. 1760) : « Ne craignez pas qu'il s'ennuie de moudre des articles ; Dieu le fit pour cela. » C'est, enfin, le plus désintéressé : il n'hésite pas à vendre, le 11 mars 1761, une maison « à porte cochère » qui lui appartient à l'un des éditeurs de l'Encyclopédie, le libraire Le Breton, pour payer le salaire des secrétaires et copistes qu'il emploie sans relâche depuis dix ans.

La paternité des articles de l'Encyclopédie est une question d'histoire littéraire qui n'est pas épuisée, mais l'on cite, parmi les grands articles dont le chevalier de Jaucourt est l'auteur : Conscience, Égalité naturelle, Esclavage, Démocratie, France, Gouvernement, Guerre, Liberté naturelle, Liberté civile, Liberté politique, Loi fondamentale, Mélancolie religieuse, Monarchie absolue, Monarchie limitée, Paris, Patrie, Peuple, République, Superstition, Traite des Nègres, etc., ainsi que de nombreux articles de physiologie, de chimie, de botanique, de pathologie. Les appréciations sur son œuvre sont élogieuses, exception faite des inévitables bilieux. Le nom de Gabriel-Henri Gaillard, historien de l'Encyclopédie méthodique de Panckoucke, peut être tiré du néant pour rappeler qu'une voix a pu reprocher au chevalier de Jaucourt d'avoir « sapé » le préjugé de la supériorité de la naissance ; le Larousse du XIXe siècle retient cette observation de La France protestante que le chevalier avait tout embrassé et que la profondeur de son savoir ne répondait pas à s [...]

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  • : avocat à la cour d'appel de Paris, ancien secrétaire de la Conférence des avocats à la cour de Paris

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ZOOLOGIE (HISTOIRE DE LA)

  • Écrit par 
  • Valérie CHANSIGAUD
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Pour citer l’article

Luc VILAR, « JAUCOURT LOUIS chevalier DE - (1704-1779) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jaucourt-louis-chevalier-de/