ČEP JAN (1902-1974)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Né en 1902 en Moravie dans une famille paysanne pauvre, Jan Čep est un des représentants les plus importants de la littérature spiritualiste tchèque d'inspiration catholique du xxe siècle.

Après le baccalauréat, obtenu en 1922, il entre à l'université Charles de Prague, où il étudie le tchèque, l'anglais et le français. Il ne termine pas ses études et, pendant l'année 1926, il collabore à l'activité de Josef Florian, prêtre et animateur d'une célèbre maison d'édition de littérature catholique tchèque. À partir de 1927, il vit de sa plume comme lecteur dans une maison d'édition pragoise et comme écrivain et traducteur. Dès 1923, il effectue plusieurs voyages d'études à l'étranger : il visite l'Angleterre, l'Espagne, la Yougoslavie et, surtout, la France qu'il considère déjà comme sa « seconde patrie ». Écrivain déjà connu en Bohême, il fait la connaissance, à l'automne de 1928, à Clermont-de-l'Oise, de Georges Bernanos, chez qui il séjourne plusieurs fois à Bayorre près de Toulon avant de le suivre, à l'automne 1935, à Palma de Majorque en qualité de secrétaire particulier. Mais cette collaboration ne dure que quelques semaines : à Noël 1935, il retourne à Prague. Désormais, Jan Čep va se consacrer uniquement à son œuvre et à ses traductions qui font partie intégrante de son œuvre. Il traduit de l'anglais, de l'allemand, de l'espagnol et, surtout, du français : Balzac, Flaubert, Henri Pourrat – que Čep introduit dans le contexte de la littérature tchèque, et dont le Gaspard des montagnes devient très populaire –, C. F. Ramuz, et surtout Georges Bernanos, dont il avait déjà traduit en tchèque, au début des années 1930, L'Imposture et La Joie, après avoir supervisé, en 1926, la traduction tchèque de Sous le soleil de Satan, avant de rendre accessibles au lecteur tchèque, Un Crime (1936) et Le Journal d'un curé de campagne (1937).

À l'exception d'un roman, l'œuvre de Jan Čep est formée presque exclusivement de récits et d'essais, souvent repris dans d'autres volumes sous un titre commun différent.

Il débute par un recueil de récits Dvojí domov (Double demeure, 1926), suivi, en 1928, par un autre recueil Vigilie (Veillées). Čep les réunira en 1931 dans Zeměžluč (La Centaurée). Il poursuit avec les recueils Letnice (La Pentecôte, 1932) et Děravý plášt' (Le Manteau troué, 1934). En 1935 voit le jour son seul roman, Hranice stínu (La Limite de l'ombre), suivi des récits Modrá a zlatá (Azur et or, 1938), Příbuzenstvo (La Parentèle, 1939), récit qui, plus tard, fera partie du recueil Tvář pod pavučinou (Un visage sous une toile d'araignée, 1941). Pendant la guerre il publie encore Lístky z alba (Pages d'album, 1944), puis, en 1946, la dernière de ses œuvres qui ait vu le jour en Tchécoslovaquie, Polní tráva (L'Herbe des champs).

Les récits de Jan Čep sont le plus souvent linéaires et monothématiques. Cette relative « pauvreté » de sujets est compensée par une langue poétique qui reste sobre, pleine de spiritualité, de lyrisme et de métaphores. Les événements y sont perçus par le « regard frais du matin » du narrateur. Ce lyrisme de la langue distingue Jan Čep des autres écrivains tchèques d'inspiration catholique de son époque et le rapproche davantage des proses de Vladislav Vančura ou Jakub Deml.

L'univers de la plupart des récits écrits en Tchécoslovaquie a pour cadre la campagne morave, avec ses habitants et ses rites immuables, rythmés par les saisons. C'est là que reviennent les protagonistes de ses proses – le plus souvent des intellectuels ou des citadins en proie à une crise spirituelle et existentielle –, afin d'y vivre cet instant transcendantal, où, en un clin d'œil, l'homme décide de son salut ou de sa perte et retrouve, en fin de compte, le repos de l'âme auprès les siens. En effet, la terre natale représente pour Čep une communauté spirituelle qui réunit non seulement les vivants, mais aussi les générations qui nous y ont précédés, ainsi que celles à venir.

C'est pourquoi les motifs dominants de ses récits sont, d'une part, l'enfance dont la pureté reflète l'innocence et l'absence du péché originelle et, d'autre part, l'instant de la mort, où l'homme quitte sa « première demeure » ici-bas qui, pour Čep, n'est qu'une antichambre provisoire de la « deuxième demeure », destinée à y vivre éternellement la vraie vie auprès de Lui.

Depuis longtemps dans le collimateur de la police politique communiste, Jan Čep doit s'exiler, en août 1948. Il s'établit d'abord à Paris, puis il devient, de 1951 à 1955, collaborateur de Radio Free Europe de Munich, avant de revenir définitivement à Paris, en 1955. Tombé gravement malade vers le milieu des années 1960, il meurt au début de 1974.

En dehors des quatre volumes d'essais et de réflexions philosophiques, issus de sa collaboration avec Radio Free Europe, Jan Čep n'a écrit en exil qu'un recueil de quatre récits Cikáni (Les Tsiganes, 1953) et une nouvelle Květnové dni (Les Journées de mai, 1954). Plusieurs courts récits sont restés dispersés dans divers périodiques et publications de l'émigration tchèque. Avec sa femme, fille de Charles du Bos, Jan Čep a traduit aussi en français le roman d'Egon Hostovský Dobročinný večírek, sous le titre La Charité mène le bal (1959). À titre posthume, on a publié en 1976 ses réflexions autobiographiques, Sestra úzkost. Zlomky autobiografického eseje (Sœur angoisse. Fragments d'essai autobiographique).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences de tchèque à l'université de Bordeaux-III-Michel-de-Montaigne, chargé de cours de littérature tchèque à l'Institut national des langues et civilisations orientales, Paris

Classification

Pour citer l’article

Milan BURDA, « ČEP JAN - (1902-1974) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jan-cep/