IPHIGÉNIE À AULIS, EuripideFiche de lecture

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Un renouvellement de la tragédie

Euripide utilise comme toile de fond la guerre de Troie, dont l'expédition, seule, peut justifier le sacrifice d'Iphigénie. Le drame qui se noue ici est d'abord humain : le talent d'Euripide réside dans son désir de communiquer aux spectateurs d'intenses émotions. La multiplication des péripéties rend son théâtre étonnamment moderne. Par rapport à ses devanciers, notamment Eschyle, son originalité se situe dans l'agencement narratif de la tragédie : il réduit la longueur des chœurs, et le chant, au contraire, envahit les dialogues. Il crée également des prologues narratifs destinés à éclairer le spectateur. Enfin, il se soustrait définitivement au langage épique ou lyrique pour privilégier le simple langage de la conversation.

Une autre de ses particularités est de centrer l'intrigue, comme dans nombre de ses pièces, sur l'accomplissement d'un oracle, ici la prédiction de Calchas. Euripide n'hésite pas non plus à clore cette tragédie par un véritable deus ex machina : l'intervention d'Artémis qui évite à Iphigénie d'être sacrifiée.

Les personnages qu'Euripide met en scène sont loin d'avoir la grandeur et la sérénité des personnages de Sophocle. Mais la psychologie est plus développée et nous permet d'assister au déchaînement des passions. Les faiblesses humaines triomphent, la sensibilité intervient au premier plan.

D'autant plus bouleversant est le personnage d'Agamemnon qui agit d'abord en père et non en roi, et qui envie si fortement l'homme de basse extraction : « Une naissance obscure a bien des avantages./ Elle permet qu'on s'abandonne aux larmes et aux plaintes/ tout ce qu'un homme de sang noble doit tenir secret. » Face à sa fille qui observe « les larmes coulent de tes yeux », il apparaît accablé de douleur. C'est grâce à cette souffrance silencieuse, présente à chacune de ses apparitions, qu'Agamemnon détournera la colère de Ménélas.

Si la tragédie d'Iphigénie est si poignante, c'est qu'elle traite du destin et de son pouvoir sur les hommes. « Dans quel piège de la fatalité sommes-nous tombés ? » se demande Agamemnon. Dans cet univers, les hommes semblent ne jamais trouver le bonheur ni la paix. Face à Agamemnon, Calchas suggère que ce sont les honneurs qui peuvent être la source de tourments, ou les manquements envers les dieux, ou encore les opinions des hommes qui ne nous laissent aucun repos. Les dieux sont omniprésents mais leur toute-puissance est remise en cause, dès lors qu'ils sont assez cruels pour accepter des sacrifices humains.

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«  IPHIGÉNIE À AULIS, Euripide  » est également traité dans :

EURIPIDE (env. 480-406 av. J.-C.)

  • Écrit par 
  • Édouard DELEBECQUE
  •  • 4 621 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Euripide en son temps »  : […] Mais ce sont aussi des problèmes éternels, déjà vieux comme le monde. Il ne s'ensuit pas qu'Euripide se désintéresse des questions particulières à son temps. Gardons-nous de l'observer sans mesure avec nos yeux d'aujourd'hui. Le risque est de donner à ses mythes un sens philosophique étranger au réel et de recomposer de lui, avec des traits épars, artificiellement classés, une image trop abstraite […] Lire la suite

Pour citer l’article

Florence BRAUNSTEIN, « IPHIGÉNIE À AULIS, Euripide - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iphigenie-a-aulis/