ÉPINAL IMAGE D'

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On a tendance à baptiser « image d'Épinal » toute image populaire de couleurs vives, grossièrement gravée sur bois et coloriée au pochoir. En fait, les centres producteurs d'imagerie populaire ont été nombreux en France : Lille, Orléans, Cambrai, Beauvais, Nancy, Metz, sous l'Ancien Régime. Celui d'Épinal, attesté dès le xviie siècle, ne devint le plus important qu'à partir de 1810 environ, pour atteindre au cours du xixe siècle à un quasi-monopole et à une renommée mondiale. Ni la tradition des fabricants de cartes à jouer ou de papiers peints au xviiie siècle ni le pèlerinage ancien d'Épinal ne sont suffisants pour expliquer cette suprématie ; le bois des Vosges, qui fournit le papier, n'est qu'une condition favorable. La personnalité de la dynastie des Pellerin, installés comme dominotiers, fut certainement essentielle à cette réussite. Nicolas était mort en 1773, laissant une affaire moribonde. Son fils Jean-Charles végéta jusqu'en 1810, date à laquelle il sut adapter à l'idéologie nouvelle sa production destinée aux classes populaires. Les affiches impériales furent ses premiers succès.

Pendant tout le xixe siècle, l'imagerie d'Épinal, qui s'identifie presque à la production de la maison Pellerin, se voudra le reflet des idées morales et politiques du peuple illettré des campagnes. On a souvent dit qu'elle joua un rôle important dans la diffusion de la légende napoléonienne, et par conséquent dans la prise du pouvoir par Louis-Napoléon. Elle popularisa aussi les thèmes de la morale bourgeoise du xixe siècle : l'épargne, la charité, l'ascension sociale, le militarisme, le colonialisme. Profondément napoléonien, Pellerin eut quelques ennuis avec la censure de la Restauration, mais, en 1830, il employait cent ouvriers (quarante graveurs sur bois et soixante colorieurs, en général des enfants) ; la vente se faisait par colportage. L'imagerie politique n'est pas la plus nombreuse, tant s'en faut ; on voit surtout des contes traditionnels, des sujets à découper (soldats, saints), des personnages légendaires de l'imagerie : Crédit est mort, Le Juif errant, Mademoiselle Fainéante.

La censure, rétablie en 1835, compromet cet essor ; mais un artiste romantique, Pinot, élève de Delaroche, vient de Paris remplacer Georgin, l'artisan qui jusqu'alors fournissait les modèles. Il remplace le bois par la lithographie et modernise les méthodes. Napoléon III vint visiter la fabrique, mais la politique est de plus en plus absente des thèmes qui se tournent vers l'imagerie enfantine, les caricatures, les scènes de genre traitées en bandes dessinées. En 1851, on ajoute de la dorure aux couleurs, que la clientèle veut toujours plus brillantes et vives. En 1860, Pinot installe sa propre entreprise concurrente de Pellerin, mais sans succès. Il est remplacé par Matthias de Wissembourg, qui décrit les ateliers dans une première Notice sur l'imagerie d'Épinal (1904). Les thèmes deviennent plus républicains, et Pellerin travaille pour Victor Duruy qui a commandé des planches d'histoire naturelle, puis de leçons de choses et d'hygiène, premier enseignement national par l'image dans les écoles. Certaines planches furent commandées par Gambetta (Ce qu'a fait la République), par Boulanger (Comment on devient général), par Gallieni (pour le gouverneur de Madagascar, on rédige des légendes en malgache), par le Parti socialiste. Le personnage central du xixe siècle avait été Charles Pellerin, directeur de la fabrique jusqu'en 1887. Son fils Georges, qui mourut en 1918, la maintiendra jusqu'au début de la Grande Guerre de 1914. Les journaux illustrés, les bandes dessinées, le recul de l'analphabétisme ont peu à peu éliminé les raisons qui firent de l'imagerie d'Épinal au xixe siècle une sorte de quatrième pouvoir.

Épinal : imagerie d'Épinal, « Poupées à habiller : costumes des Alliés de la Grande Guerre »

Photographie : Épinal : imagerie d'Épinal, « Poupées à habiller : costumes des Alliés de la Grande Guerre »

Fondée au XVIIe siècle par Jean-Charles Pellerin, l'imagerie d'Épinal avait pour but de créer des images, destinées à éduquer, à transmettre les idées politiques et morales du moment. Ces gravures étaient distribuées et vendues par des colporteurs. Au XIXe et au début du XXe siècle,... 

Crédits : J.-P. Verney/ AKG

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  • : directeur de la bibliothèque publique d'information, Centre Georges-Pompidou

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Pour citer l’article

Michel MELOT, « ÉPINAL IMAGE D' », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/image-d-epinal/