MÜLLER HERTA (1953- )

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« Esthétique de la résistance », l'œuvre de Herta Müller, qui appartient à la dernière génération des écrivains roumains de langue allemande, est née dans une situation d'isolement absolu, due à la fois au contexte linguistique exceptionnel et au vide politique et historique. Lorsqu'en 1988 elle a quitté, pour l'Allemagne fédérale, sa terre natale, le Banat où elle est née en 1953, Herta Müller a fait l'expérience d'une autre réalité culturelle, sociale, politique, d'une autre langue aussi, bien que sa langue maternelle fût l'allemand. « Mon allemand de minorité, écrivait-elle peu de temps après son installation à Berlin-Ouest, est maintenant relié. Désormais le lien te semble corde. » À ce propos, elle souligne la situation linguistique tout à fait particulière des écrivains de langue allemande en Roumanie. « La langue de l'écriture, le haut-allemand, coexistait avec le dialecte, le souabe du Banat, et la langue véhiculaire, le roumain. À cela s'ajoutait la langue de bois du régime qui avait détourné le langage à son profit. D'où notre vigilance pour éviter les mots ou les concepts violés ou souillés par le politique. Ils renvoyaient à une réalité qui n'était pas la nôtre. Pour écrire notre réalité, nous devions sans cesse chercher un langage innocent. »

La thématique de ses trois premiers livres, publiés de 1982 à 1986 – Niederungen ; Der Mensch ist ein grosser Fasan auf der Welt (L'homme est un grand faisan sur terre, 1988) ; Barfüssiger Februar – est proche : écrits en Roumanie, d'inspiration autobiographique, ce sont des récits de la ruralité, des récits d'enfance, proches du roman d'éducation dans les Niederungen, des textes traversés de part en part par l'attente et l'angoisse qui précèdent la rupture avec la terre natale : retour sur le passé, peur de l'inconnu, sentiment de l'irrémédiable, du définitif, de l'irréversible chez les villageois qui n'ont jamais quitté leur village. La richesse des images et leur force forment un contraste violent avec la sobriété, la concision, la précision et le laconisme du propos.

Roman de transition, Reisende auf einem Bein (1989), le premier livre écrit en Allemagne, dit la difficulté de l'adaptation à un monde inconnu qui se dérobe sans cesse au nouveau venu, car il n'en connaît ni les codes ni les rites. Deux pays, une seule langue et une rencontre amoureuse en guise de visa de transit, auxquels s'ajoute une constatation angoissante : les mots du pays que l'on a quitté ne permettent pas d'appréhender la réalité nouvelle.


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Écrit par :

  • : directrice de l'association Les Amis du roi des Aulnes, traductrice

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Dans le chapitre « La fin d'une époque »  : […] Les années 1990 ont vu mourir les grandes voix de la littérature allemande de l'après-guerre, d'Elias Canetti (1905-1994) à Heiner Müller (1929-1995), en passant par Thomas Bernhard (1931-1989), Max Frisch (1911-1991), Hans Sahl (1902-1993), Stephan Hermlin (1915-1997) et Stefan Heym (1913-2001), des écrivains qui pour la plupart ont été les témoins des heures les plus sinistres de l'histoire alle […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/allemandes-langue-et-litteratures-litteratures/#i_32223

Pour citer l’article

Nicole BARY, « MÜLLER HERTA (1953- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/herta-muller/